/news/world

Après Matthew, la vie des Haïtiens est toujours menacée

Amélie Baron | Agence France-Presse

À peine abrité sous une tôle métallique, Francilien François regarde pensivement la rivière qui a détruit sa maison dans la ville de Gressier, à 30 kilomètres à l'ouest de Port-au-Prince.

«Je n'ai jamais eu l'électricité. Je n’ai pas de radio ou de télé donc je n'avais rien pour savoir qu'un cyclone allait arriver. C'est quand j'ai vu la pluie et le vent que j'ai compris», raconte l'homme de 53 ans.

«Comme vous me voyez là, je ne sais pas encore où on va aller dormir ce soir», témoigne Francilien, entouré de sa femme et sa fille.

Matthew, un puissant ouragan de catégorie 4, est passé sur l'île mardi matin avec des vents de 230 km/h et des pluies diluviennes. Il est trop tôt pour évaluer les dégâts, mais Haïti n'était pas prêt et les destructions risquent d'être considérables.

Au bureau de la protection civile de la ville, l'heure est aux premiers bilans et le constat quant à l'avenir des habitants est alarmant.

«Je viens de faire 20 km à pied dans les mornes et s'il y a quelques maisons d'effondrées, ce sont les plantations agricoles qui sont le plus gros problème: 80% sont détruites», affirme Jean-Wilson Joseph, membre du conseil d'administration d'une section communale de Gressier.

«C'est grâce à ces petits jardins que les gens de la zone survivent. Ils n'ont plus rien à vendre ni même à manger: comment vont-ils continuer à vivre?» s'inquiète l'élu.

La destruction de l'économie rurale est une menace certaine pour les habitants de la province haïtienne mais un danger plus foudroyant préoccupe déjà l'ensemble de la population: le choléra.

Depuis dimanche, Louisiana Dieule a évacué le bidonville de Cité L'Eternel, en bord de mer à Port-au-Prince, pour se réfugier avec ses quatre enfants dans un abri provisoire.

«On n'a rien ici, rien à manger, pas d'électricité et surtout pas d'eau, juste nos draps pour s'allonger», témoigne la femme de 35 ans.

   Dans la grande salle de l'école publique de la République du Pérou, ce sont 132 familles qui, comme Louisiana, attendent... sans aide.

   Avant l'arrivée de l'ouragan sur Haïti, les autorités avaient assuré que les abris provisoires seraient équipés de kits d'hygiène et de cuisine mais, faute de moyens, la région du grand sud a été privilégiée aux dépens de l'aire métropolitaine qui compte près de 3 millions d'habitants.

 «Les autorités nous ont vraiment encouragés à quitter nos maisons mais, là, la pluie continue à tomber et le choléra peut venir», s'inquiète Louisiana.

   L'île est en proie à une terrible épidémie de choléra depuis 2010. Elle a déjà coûté la vie à près de 10 000 personnes, et sans eau potable rapidement disponible, le risque d'une explosion des cas est réel.

«Moi je vais faire attention mais tous les enfants ici peuvent vouloir boire l'eau qui coule tout simplement parce qu'ils ont soif! On s'est sorti du mauvais temps mais maintenant je ne veux pas perdre mes enfants avec le choléra».

Dans la même catégorie