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Quand les universités vont, tout va

Martine Turenne | Argent

ANDRE FORGET/QMI AGENCY

Plus une ville compte de diplômés universitaires, mieux elle se porte : PIB plus élevé, meilleure qualité de vie, main-d’œuvre plus qualifiée et innovante, et hausse de la productivité de l’ensemble de la société.

C’est ce que démontre une étude intitulée La contribution des universités de la région de Montréal à l’économie du Québec, rendue publique par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et Montréal International.

La contribution des onze établissements universitaires à la métropole n’est plus à démontrer, disent-ils, mais il faut quand même... le démontrer à nouveau. Leurs diplômés aident à faire augmenter le PIB de la région métropolitaine de Montréal, lorsqu’elle est mesurée par la rémunération supplémentaire versée, à 16,3 milliards de dollars pour l’année 2014-2015 (soit 8,7 % du PIB de la région de Montréal), et à 22,7 milliards de dollars (12,1 % du PIB), si on ajoute l’impact lié à la création et à la diffusion de connaissances.

«Nous devons valoriser le rôle et l’apport fondamental des universités montréalaises à notre société », a dit Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Il était au dévoilement de l’étude en compagnie du maire de Montréal, Denis Coderre, et de Hubert Bolduc, p-dg de Montréal International.

Montréal reste sous-éduquée

Le pourcentage de la population montréalaise titulaire d’un diplôme universitaire est toujours en dessous de celui des grandes villes canadiennes, même chez les jeunes : 36,6% des Montréalais âgés entre 25 et 34 ans ont un diplôme, contre 43,3% des Torontois du même âge. Globalement, chez les 25-64 ans, c’est 29,6% des Montréalais contre 36,8% des Torontois. Un retard persistant de 7%.

En Amérique du Nord, Montréal est à l’avant-dernière position pour son pourcentage de diplômés universitaires, ainsi que son PIB per capita. Les deux vont de pair.

«Heureusement qu’il y a Cleveland», dit Michel Leblanc. C’est la seule ville qui fait pire que Montréal.

Pourquoi, encore, un tel retard? «On ne valorise plus assez l’université, dit Michel Leblanc. Il y a le mythe, complètement faux, de l’universitaire chômeur, ou mal payé. On répète que les recteurs sont trop payés. Mais les sociétés modernes qui fonctionnent sont celles où il y a des universitaires en grand nombre. Toute notre qualité de vie en dépend. »

Il faut rehausser la cote d’amour des universités, dit-il, et voir le diplômé comme un bénéfice pour la société.

Et il faut faire de l’éducation, dit-il, incluant l’enseignement supérieur, la priorité du prochain budget du gouvernement du Québec.

Retenir les étudiants étrangers

L’étude recommande par ailleurs d’augmenter la rétention des étudiants internationaux diplômés d’une université montréalaise : «on vise 10 000 d’ici 2019 », dit Michel Leblanc.

Montréal en retient quelque 3000 en ce moment, sur les 30 000 qui étudient ici, soit 10%. «À Boston, par exemple, on retient autour de 25% d’étudiants étrangers», note Michel Leblanc.

Ces étudiants sont du bonbon pour leur société d’accueil : ils ont un diplôme reconnu par les employeurs, et se sont déjà frottés à nos hivers, dit Michel Leblanc. «Ils sont plus aptes à s’intégrer socialement et professionnellement. «Ça coûte moins cher à la société. »

L’étude prône aussi un meilleur arrimage entre les universités et le marché du travail «On ne dit pas que les universités doivent être au service des entreprises, et mettre au programme la saveur du mois. On ne connait pas les emplois du futur. Mais elles doivent devenir plus agiles.»