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Un premier anniversaire sous le sceau de l'optimisme

Michel Comte | Agence France-Presse 

Un an après son élection comme premier ministre du Canada, Justin Trudeau a insufflé une bonne dose d'optimisme à ses compatriotes, projetant à l'étranger l'image d'un pays moderne et accueillant.

Depuis son élection le 19 octobre 2015, le quadragénaire s'est posé en rassembleur, dans un pays divisé après une décennie de politiques conservatrices qui n’ont pas toujours fait l’unanimité.

Justin Trudeau a proclamé «le retour du Canada» sur la scène internationale, renouant avec le multilatéralisme traditionnel abandonné par son prédécesseur Stephen Harper.

Premier geste d'éclat, le premier ministre libéral a accueilli à l'aéroport en décembre 2015 les premiers des 31 000 réfugiés syriens devant venir au Canada, leur distribuant manteaux et bonnets.

Multipliant les sommets, il a séduit le grand public. À Paris, M. Trudeau a présenté un Canada plus vertueux pour défendre l'accord sur le climat. Partout, le chef du gouvernement plaide pour l'obtention d'un siège non permanent au conseil de sécurité de l'ONU. Il va aussi mettre 600 soldats à la disposition des opérations de maintien de la paix des Nations unies.

Sur le plan intérieur, au nom de la défense des intérêts de la classe moyenne, promesse centrale de sa campagne, Justin Trudeau mène une relance budgétaire pour stimuler une économie poussive, quitte à creuser le déficit des finances publiques.

Fils de l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau (en poste de 1968 à 1979, puis de 1980 à 1984), une des plus importantes figures politiques du XXe siècle au Canada, le dirigeant libéral a également fait de la réconciliation avec les peuples autochtones, victimes de discrimination, une grande priorité, au même titre que sa défense des droits individuels, notamment des membres de la communauté LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres).

Un an après son élection, la lune de miel perdure: 65% des Canadiens approuvent sa gestion personnelle du gouvernement.

«Le courant passe entre la population et ce gouvernement», observe Pierre Gerlier Forest, professeur à l'université de Calgary. «Ses valeurs reflètent bien ce que les gens attendent des politiciens».

«Une partie de son attrait personnel vient de sa facilité à entrer en contact avec tout un chacun», explique M. Forest. «Il a ce que j'appelle "le facteur Hollywood". Après quelques minutes, l'ensemble de la salle gravite autour de lui».

Mais le risque avec la culture de la célébrité en politique, c'est que le style ait le dessus sur la substance, soulignent de nombreux observateurs.

«Plus nous parlons de leur apparence et de leurs habitudes personnelles, moins nous parlons des politiques du gouvernement», dit Alex Marland, politologue à l'université Memorial de Saint-Jean de Terre-Neuve, à propos de Justin Trudeau et de son épouse, Sophie Grégoire Trudeau.

«Il est le seul dirigeant libéral sur la scène mondiale», souligne Duff Conacher, cofondateur du groupe de pression canadien Democracy Watch, soulignant le contraste entre les appels de Trudeau à «l'acceptation de l'autre» et la montée du populisme protectionniste et anti-immigration en Europe et aux États-Unis.

Depuis un an, Justin Trudeau détricote et remplace les politiques du précédent gouvernement conservateur.

«Forcément, lorsqu'il se présente sur la scène internationale, il a plus de résonance et fait plus les manchettes parce que cela fait suite à 10 ans de politiques diamétralement opposées», dit M. Conacher.

Et puis le choix d'une voix d'ouverture dans le monde actuel est restreint.

«C'est difficile de trouver (le président français) François Hollande très inspirant, comme (le chef du gouvernement) Mariano Rajoy en Espagne, ou encore (la première ministre) Theresa May au Royaume-Uni, ou même (la candidate démocrate à la présidentielle américaine) Hillary Clinton. Obama est sur le départ et les gens auront bientôt du mal à nommer un leader inspirant sur la scène mondiale», souligne M. Forest.

«Le monde a donc besoin d'un Trudeau pour faire entendre une forte voix libérale et contrebalancer la montée de la droite», conclut-il.

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