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7500 postes «touchés» dans une restructuration chez Bombardier

Agence QMI et TVA Nouvelles 

De nouvelles mises à pied surviendront chez Bombardier alors que 7500 postes seront «touchés» par un vaste programme de restructuration, a annoncé le géant des transports vendredi. Au Québec, ce sont 1500 postes qui seraient abolis, selon ce qu’a appris l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA), qui représente les travailleurs des usines de Dorval, Mirabel et Saint-Laurent.

La multinationale montréalaise a indiqué que «7500 postes seront touchés lorsque l'entreprise optimisera ses effectifs et spécialisera certains sites d'ici la fin de 2018». Le deux tiers de ces emplois ferait partie de la division ferroviaire de l'entreprise. Plus de 10% des employés de la compagnie seront affectés, elle qui indique sur son site internet avoir environ 70 900 salariés tout autour du monde.

Simon Letendre, conseiller principal, Affaires publiques, chez Bombardier, ne peut donner de précisions sur les secteurs où les compressions frapperont, sinon qu’elles respecteront la proportion d’employés dans les provinces. «Est-ce que ce sera 1500 postes au Québec ? Je peux dire qu’il y aura 2000 abolitions de postes au Canada, et comme les trois-quarts sont au Québec, les coupures seront proportionnelles. »

«Ce sont des choix difficiles, dit-il, qui ont impact sur nos employés. Mais c’est la bonne marche à suivre. Ça s’inscrit dans notre plan de redressement de cinq ans. Il faut rationnaliser, et les compressions se feront dans l’administration et la production».

Bombardier souhaite  aussi tirer avantage de sa présence mondiale en spécialisant certains sites.

«On a plusieurs sous-composantes qui entrent dans la fabrication d’un train ou d’un avion, et qui sont produits à différents endroits dans le monde. On pourrait les réunir en un seul site.»

Des postes seront créés, poursuit Simon Letendre, «dans les programmes en croissance, dont la CSeries et de Global 7000 et du côté de Bombardier Transport, afin de soutenir les projets du réseau de la CTC, à Toronto».

Des ressources seront ajoutées à Kingston et dans d’autres régions du monde. «Mais je ne peux dire où ces postes seront créés», ajoute-t-il.

Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, a expliqué  que l’entreprise s’est engagée l’an dernier à se transformer, à réduire ses coûts, à devenir plus efficaces dans toutes nos activités. «E c'est exactement ce que nous faisons.» 

Dave Chartrand, le coordonnateur québécois de l’AIMTA, s’est dit surpris par cette nouvelle annonce de mises à pied.

«Étant donné que Bombardier avait annoncé des suppressions d’environ 7000 emplois en février, on pensait que les compressions étaient terminées, avec l’augmentation de la cadence pour le CSeries», a-t-il dit.

«Comme pour l’annonce précédente, on ne sait pas quels secteurs seront affectés. Bombardier ne nous donne pas de réponses. Sur les plancher de production, les employés sont frustrés et déçus. Ce sont 4500 épées de Damoclès qui pèseront sur eux pendant deux ans», déplore-t-il.

Selon M. Chartrand, Bombardier n’est pas très transparent quant à ses ressources humaines. «Tout le monde a perdu le compte, on n’est plus capable de suivre. On sort de nouveaux chiffres, mais on ne nous dit pas combien d’employés ont été licenciés, combien ont été rappelés.»

Au terme de sa restructuration, l’entreprise estime qu’elle parviendra à réduire ses coûts opérationnels de 300 millions $ US. Bombardier prévoit inscrire des charges de restructuration dans une fourchette de 225 millions $ US à 275 millions $ US, à partir du quatrième trimestre et tout au long de 2017.

Bombardier dit tenter de s'ajuster à la demande mondiale plus faible que prévu et aux retards dans la production de la CSeries.

«On savait que ça allait arriver», dit  Mehran Ebrahimi, directeur du Groupe d’Étude en management des entreprises de l’aéronautique (GEME Aéro). «Ce que les marchés financiers exigent de Bombardier va au-delà de ce que l’entreprise peut donner aujourd’hui. Mais si vous parlez aux employés, cet argument n’est pas valable.»

Une partie de l’expertise nécessaire au développement de la CSeries n’est plus nécessaire, croit le professeur, puisque les besoins sont maintenant axés sur la production.

Il est aussi très critique sur le rôle du gouvernement fédéral et «son hypocrisie» dans toute la saga de l’aide financière. L'entreprise attend toujours une aide fédérale d'un milliard de dollars US, alors que le gouvernement du Québec lui a déjà versé une somme équivalente.

«Bombardier a besoin de beaucoup d’argent  pour maintenir sa structure financière et poursuivre son développement et son innovation. Mais elle est très mal supportée par le gouvernement fédéral. Tous les concurrents de Bombardier dans le monde reçoivent des aides de leur gouvernement respectif.

«Le Comac C919, concurrent de la CSeries, a été complètement financé par le gouvernement chinois. C’est indécent que le gouvernement ne supporte pas Bombardier.»

L’analyste Benoit Poirier, de Valeurs Mobilières Desjardins (VMD), considère l’annonce de Bombardier «positive pour les perspectives à long terme de la compagnie, car elle reflète la position proactive de la nouvelle direction dans la prise de décisions difficiles».

M.  Poirier soupçonne cependant un certain opportunisme de Bombardier, dont l’annonce des résultats trimestriels sont attendus  le 10 novembre. 

«De plus, alors que nous pensons que les réductions d'effectifs étaient nécessaires pour atteindre les objectifs de l’entreprise, l'ampleur des compressions pourrait avoir des répercussions sur le secteur aéronautique», écrit-il dans une note destinée à ses clients.

 

 

 

 
 
 

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