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«Pour plusieurs hommes, une femme c’est toujours négociable»

TVA Nouvelles

Plusieurs questions autour des agressions sexuelles sont soulevées au Québec après la dénonciation d’Alice Paquet, une jeune femme, qui affirme avoir été agressée sexuellement, pas une, mais bien deux fois par le député libéral Gerry Sklavounos.

Qu’est-ce qui a pu pousser Alice Paquet, à retourner voir celui qui lui aurait causé des sévices? Pourquoi ne pas avoir dénoncé le député plus rapidement après les faits? Qu’est-ce que le consentement éclairé?

La sexologue Sylvie Lavallée s’est entretenue avec Mario Dumont et a répondu aux nombreuses questions autour de cette affaire.

Le consentement

Selon Sylvie Lavallée, la notion de consentement est très subjective. «Encore dans la tête de plusieurs hommes, une femme c’est toujours négociable. ‘’J’ai juste à insister, je veux juste la sortir de sa zone de confort, pour l’exciter un peu plus’’ mais non c’est non, insiste la sexologue.

Mme Lavallée explique qu’il existe une entente tacite entre deux personnes lors d’une relation sexuelle. «Il ya une langage du corps, quand tu sais que tu as pris un verre, que tu es en bonne compagnie, t’as envie d’intimité, t’as envie d’excitation, t’as envie de caresses, tu acceptes de monter dans une chambre d’hôtel où il y a un lit, oui une femme peut consentir à ça, mais le consentement, peut être retiré à tout moment», détaille-t-elle.

Hésitation à porter plainte

Sylvie Lavallée n’est pas étonnée de voir que la jeune femme a hésité à porter plainte, puisqu’une majorité de victimes hésite à le faire. «Juste d’arriver à le digérer soi-même est difficile. C’est un cauchemar. Dénoncer, c’est de revivre la scène. »

Comment réagir?

Sylvie Lavallée explique également que personne ne peut prévoir de quelle façon elle réagira si elle est confrontée à un agresseur. «On ne sait jamais comment on va réagir face à une scène comme ça. Même si on dit ‘’je vais me défendre, mordre ou donner des coups de pied’’, on ne le sait pas. Elle souligne également que peu importe l’âge, la confiance en soi, ou l’affirmation de soi, une femme ne peut jamais prévoir sa réaction face à des gestes d’agression sexuelle.

Le corps dit non

Selon Mme Lavallée, plusieurs victimes d’agression sexuelle figent lors d’un viol. « C’est un peu comme un manège à «La Ronde». Si moi j’embarque dans un nouveau manège, j’ai peur, je ferme les yeux et j’attends que ça passe, mais je ne suis pas bien.» C’est le la même chose qui se produit lors d’une agression explique la sexologue « Même si on ne dit pas non, mais tout en toi fige, se raidit, tu deviens comme un bloc de glace.»

Retourner voir son agresseur

Selon plusieurs informations relayées dans les médias, Alice Paquet serait retournée voir son agresseur après la première agression. Ce comportement, qui peut sembler inconcevable, a néanmoins une certaine logique selon Sylvie Lavallée.

Selon elle, les victimes veulent revoir leur agresseur afin d’obtenir des excuses, afin de faire le point sur ce qui s’est passé, et ainsi, atténuer la peine et la douleur causées par le viol.

«Ce que je peux expliquer par rapport à mon expérience clinique, c’est qu’il y a beaucoup de flou dans la tête d’une victime. Elle a envie de parler de ce qui s’est passé à l’agresseur, elle veut faire un bilan, un retour sur les évènements, en pensant ça va être moins pire après.»

Selon elle, les victimes croient à tort que l’agresseur pourrait être repentant, comprendre la gravité des gestes posés et même présenter ses excuses. «Il y a comme une fantasmatique que l’agresseur va aider la victime à s’en remettre, à la soulager et la réconforter, mais ce n’est pas ce qui se passe. La plupart du temps il y a une récidive, car l’agresseur ne décode pas (ce que pense sa victime)».

«J’entends souvent ça : je vais l’appeler, lui écrire je vais le revoir, on a vu ça avec Gomeshi. Mais ce n’est pas vrai que tout d’un coup, l’agresseur va avoir un élan de conscience, des remords sincères et profonds, et qu’il va admettre le viol. Je n’ai jamais entendu ça», soutient-elle.

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