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Pouvez-vous effacer votre passé sur Internet?

Emmanuel Martinez

 - Agence QMI

Les citoyens dont les informations concernant un acte criminel ou un geste embarrassant circulent sur internet auront bien des difficultés à se faire oublier, selon une étude d’Option consommateurs publiée mercredi.

Pourtant, l’organisation sans but lucratif souligne que ces données gâchent la vie de plusieurs citoyens. Certaines personnes se seraient même suicidées après avoir perdu le contrôle de certaines informations personnelles sur la toile.

«De plus en plus, nos vies sont exposées sur internet. Parfois, la facilité de trouver toute cette information en tapant le nom d’une personne dans un moteur de recherche peut entraîner des conséquences préjudiciables», a dit Alexandre Plourde, avocat et auteur de l’étude, par communiqué.

Malheureusement, les moyens pour être oublié sur internet demeurent limités, selon cette étude d’Option consommateurs.

Les moteurs de recherche acceptent que «très rarement» de supprimer de leurs résultats de recherche les hyperliens associés à une personne.

«Elles devraient faire preuve de plus de transparence. Elles devraient aussi montrer plus d’ouverture au déréférencement dans certaines situations causant des préjudices sérieux à des personnes, et pour lesquelles cela pourrait véritablement apporter une solution», a déploré Me Plourde qui leur recommande de mettre en place des mécanismes simples de demande de suppression.

Services coûteux

Il précise que le recours à des compagnies spécialisées pour masquer certaines informations gênantes est également loin d’être une panacée.

«Ces entreprises offrent la possibilité de payer pour disparaître en cherchant à manipuler les pages de résultats des moteurs de recherche. Mais le coût de leurs services peut être élevé et rien ne garantit la réussite de l’opération», a ajouté l’auteur.

Les citoyens lésés peuvent aussi s’adresser directement aux entreprises qui détiennent les données, comme les médias sociaux, pour les supprimer. Mais cela est souvent compliqué et il est généralement trop tard parce que ces informations se disséminent à grande vitesse sur le web.

Entreprendre des poursuites judiciaires contre ceux qui portent atteinte à la vie privée ou qui diffusent des propos diffamatoires est un parcours du combattant, selon M. Plourde.

«Intenter des démarches judiciaires reste un processus qui peut s’avérer lourd pour certains justiciables. Nous gagnerions à développer des mécanismes efficaces permettant aux consommateurs de faire valoir leurs droits lorsque des contenus diffusés en ligne portent atteinte à leur vie privée ou à leur réputation», a-t-il mentionné.

Pour améliorer la situation, il mentionne que les moteurs de recherche devraient élargir les cas de déréférencement. Il ne croit toutefois pas que pour protéger la vie privée de ses citoyens, le Canada devrait imiter l’Union européenne qui a instauré le «droit à l’oubli» obligeant les moteurs de recherche à masquer des liens à ceux qui le demandent, mais a aussi supprimer des informations.

Selon les juristes consultés, cette approche peut brimer la liberté d’expression et le droit au public à l’information, ainsi que nuire à l’efficacité des moteurs de recherche.

«Il n’y a pas de solution simple au problème de l’oubli numérique. La responsabilité est partagée entre plusieurs acteurs», a conclu Alexandre Plourde.

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