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Le directeur du FBI dans la tourmente

Agence France-Presse

Le directeur du FBI ne voulait prendre aucun risque pouvant ternir son intégrité. Mais le premier policier des États-Unis se retrouve désormais dans une position impossible, accusé de s'être immiscé dans la campagne présidentielle à quelques jours du scrutin.

Vendredi dernier, dans un bref courrier à des responsables du Congrès, James Comey avait annoncé la découverte d'une potentielle ramification à l'enquête sur l'utilisation par Hillary Clinton d'un serveur privé quand elle était secrétaire d'État. M. Comey, 55 ans, y précise qu'il ne sait pas si cette découverte sera significative.

Il explique aussi au personnel du FBI dans un autre courrier qu'il se sent «dans l'obligation» d'avertir le Congrès, «vu que j'ai témoigné plusieurs fois ces derniers mois que notre enquête était achevée». «Au milieu d'une élection, il y a un risque important d'être mal compris», reconnaît cet ancien procureur fédéral et ancien ministre adjoint de la Justice.

Vu l'enjeu, il provoque effectivement une énorme tempête, à quelques jours de l'élection du 8 novembre.

Le candidat républicain à la présidence Donald Trump, en retard sur son adversaire démocrate dans les sondages, s'engouffre dans la brèche, en dépit de l'absence de tout détail. L'élection d'Hillary Clinton «enfoncerait l'État et notre pays dans une crise constitutionnelle», a-t-il prédit lundi, se disant certain que Mme Clinton serait poursuivie.

Hillary Clinton dénonce d'abord une divulgation «sans précédent et profondément inquiétante». Puis cherche à minimiser une affaire qui assombrit ses derniers jours de campagne. «Ils veulent regarder les courriels d'un membre de mon équipe, qu'ils le fassent», a-t-elle déclaré lundi dans l'Ohio, se disant persuadée que les enquêteurs n'y trouveraient rien.

La Maison-Blanche s'est réfugiée dans une prudente neutralité.

«Je ne critiquerai ni ne défendrai le directeur Comey», a déclaré le porte-parole du président Barack Obama Josh Earnest. Le président, qui avait nommé M. Comey, un républicain non encarté, en 2013 pour dix ans, «continue à avoir confiance dans sa capacité à faire son travail», a-t-il ajouté, évoquant «un homme intègre».

Lundi, certaines voix républicaines se sont jointes à la clameur.

Le président de la commission judiciaire du Sénat, Charles Grassley, a ainsi écrit à M. Comey que son courrier n'offrait pas «assez de contexte pour évaluer la pleine signification de ce développement», ce qui «n'est pas juste pour (...) Mme Clinton».

Dimanche soir, le chef de la minorité démocrate au Sénat, Harry Reid, avait déjà écrit au patron du FBI, dénonçant un «deux poids, deux mesures» semblant vouloir «aider un parti par rapport à l'autre».

L'ancien ministre de la Justice démocrate Eric Holder a aussi critiqué «une grave erreur avec des implications potentiellement graves». Dans une lettre ouverte publiée par le Washington Post, il a rappelé que la politique du ministère de la Justice - auquel est rattaché le FBI - était de ne pas commenter des enquêtes en cours et d'être particulièrement prudent à l'approche d'une élection.

Les nouveaux courriels, des milliers de messages, auraient été retrouvés sur l'ordinateur portable d'Anthony Weiner, le mari d'une très proche collaboratrice de Mme Clinton, Huma Abedin, dans le cadre d'une enquête visant M. Weiner.

M. Comey pouvait-il les passer sous silence ?

Il pensait que l'information ferait l'objet d'une fuite aux médias, avec le risque que son silence soit interprété comme une tentative de dissimulation, ont confié des proches au Washington Post.

«Il était dans une situation impossible», a aussi estimé la directrice de campagne de Donald Trump Kellyanne Conway. «Il était obligé de faire savoir que son témoignage (devant le Congrès en juillet) n'était plus vrai.»

À l'époque, M. Comey avait annoncé qu'il ne voyait pas matière à poursuivre Mme Clinton dans l'affaire de son serveur privé, même si elle avait fait preuve d'une «extrême négligence» en disséminant «des informations hautement sensibles». Il s'était engagé à signaler aux élus tout nouveau développement.

Reste à savoir ce que contiennent ces courriels, et si y figurent des informations confidentielles du département d'État, ce qui serait illégal.

Selon les experts, il n'est pas sûr, même en travaillant vite, que le FBI puisse parvenir à des conclusions avant le 8 novembre.

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