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La marque «Trump» en prend pour son rhume

Agence France-Presse

Ce sont de grands immeubles au luxe tranquille, avec sols marbrés et fauteuils profonds dans le hall d'entrée, réceptionnistes attentionnés et vues magnifiques sur la rivière Hudson.

Mais depuis peu, les habitants s'y chamaillent pour savoir s'il faut garder le nom TRUMP sur leur façade, témoin des répercussions de la campagne présidentielle sur les affaires du candidat républicain.

Tout a commencé à la mi-octobre. Une poignée de résidents de ces quelques tours qui se dressent côte à côte sur Riverside Drive, dans le chic quartier de l'Upper West Side, ont lancé une pétition (www.change.org/dump-the-trump-name) pour enlever les grandes lettres «T-R-U-M-P» qui ornent leur façade. Comme les façades de plus d'une dizaine de gratte-ciels de Manhattan, noyau dur de l'empire immobilier érigé par le candidat new-yorkais.

Les pétitionnaires en appellent à la société gestionnaire de l'immeuble. Ils affirment que le «traitement effrayant des femmes par Trump, son passé raciste, ses attaques contre les immigrés ou ses blagues sur les handicapés» sont «contraires aux valeurs» de leur foyer, et font «insulte» au petit personnel de ces immeubles d'origine majoritairement étrangère.

Les pétitionnaires s'y indignent aussi de voir Donald Trump «augmenter sa fortune» sur leur dos: certaines de ses tours n'appartenant pas à la Trump Organization, les sociétés gérantes paient pour pouvoir utiliser son nom.

La pétition avait récolté jeudi matin 463 signatures et troublé l'ambiance feutrée qui règne habituellement dans ces temples du savoir-vivre, qui abritent des dirigeants de grandes entreprises comme KPMG, Viacom ou HSBC, au vu de la convocation au prochain conseil syndical.

«Tout cela est stupide, je pense que quand viendra l'heure de payer (pour enlever le logo Trump), les gens n'iront pas jusqu'au bout», lance un père de famille pressé de disparaître dans l'ascenseur.

«On habite ici quoiqu'il arrive, on aime le personnel et c'est tout ce qui compte», explique Ann Rae, qui circule dans l'immeuble «au moins trois fois par jour » pour promener son chien et dit avoir été jusqu'ici « en bons termes avec tout le monde».

«Certains des signataires n'habitent même pas ici», reproche-t-elle.

«Ce n'est pas que j'aime le nom», «certaines choses que dit Trump sont dégoûtantes» ajoute-t-elle. «Mais ça fait partie de la vie quand on habite à New York: il y a énormément de choses et de bâtiments au nom de Trump, et enlever son nom de la façade n'y changera rien».

Brittany Ashby, mère de deux jeunes enfants, se dit elle au contraire de tout cœur avec les pétitionnaires.

Elle n'est «que locataire» et paie 9 000 dollars par mois pour un trois-pièces qui se vendrait «quelques millions» de dollars, dit-elle. «Mais si j'étais propriétaire, et que j'étais là pour la vie, être associée à ce nom pour toujours, ce serait différent (...) La valeur de l'appartement pourrait être touchée, et ce n'est pas à mon goût de voir le nom de Trump sur le bâtiment».

La convocation du conseil syndical ne précise pas si le sujet sera abordé lors de la réunion prévue fin novembre. D'ici là, le vainqueur de l'élection américaine sera connu et «peut-être que le sujet disparaîtra», prédit Brittany Ashby.

Mais la polémique illustre la menace croissante que fait peser la campagne très clivante de Donald Trump sur ses multiples entreprises et tout ce qui porte son nom.

Selon une étude du promoteur immobilier Redfin, les appartements de luxe à son nom se vendent désormais au prix du marché, alors qu'ils bénéficiaient d'une surcote de près de 7 % il y a un an.

La Trump Organization n'avait pas réagi jeudi matin aux demandes de commentaire de l'AFP sur la pétition. Face aux premiers signes de désaffection de ses golfs et hôtels la semaine dernière, un porte-parole avait cependant assuré que «la marque Trump reste incroyablement solide et nous remportons d'incroyables succès dans tous nos secteurs d'activité».

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