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Les réseaux sociaux comme arme de salissage massive

TVA Nouvelles

Depuis l’iconique première campagne électorale «Hope» de Barack Obama en 2008, les réseaux sociaux occupent un rôle primordial dans la stratégie des candidats à la Maison-Blanche.

L’élection présidentielle de 2016 n’a pas fait exception à la règle, loin de là. Plusieurs moments cruciaux de la campagne n’auraient jamais eu le même impact sans l’influence de Facebook et Twitter, pensons simplement à la fuite des enregistrements de Donald Trump devenus viraux le soir où le Washington Post a décidé de les diffuser.

«On n’est plus dans une ère où la réputation ne nous suit pas d’un État à l’autre. Avec les réseaux sociaux, l’impact d’une erreur est immédiat et beaucoup plus important pour la réputation du candidat», estime le spécialiste des nouvelles technologies Jonathan Laberge.

Si cette fuite a durement touché la campagne de Donald Trump, celui-ci s’est avéré un maître dans l’art de manipuler les médias, notamment avec l’aide des réseaux sociaux, indique notre expert en politique Luc Lavoie.

Donald Trump les a utilisés pour attaquer sans retenue son adversaire et, par la bande, ceux qui l’ont appuyé. On se souvient de sa sortie en compagnie de femmes accusant Bill Clinton d’agressions sexuelles, retransmises en direct sur sa page Facebook.

«Dans un sens, je crois que cette stratégie a nui à Trump, souligne M. Laberge. On l’a vu avec son tweet publié à 2 h du matin. Même s’il l’a effacé, on l’a régulièrement attaqué à ce sujet. Il a commis quelques bévues qui lui ont fait mal et on a vu, dans ce sens, que la stratégie de Hillary Clinton était plus réfléchie.»

Les débats et les réseaux sociaux

En établissant une communauté de «fact checkers» (vérificateurs de faits) lors des débats, l’équipe Clinton est parvenue à illustrer les fausses informations lâchées par Donald Trump.

Le site web de Hillary Clinton s’est transformé en une centrale de vérifications où les affirmations mensongères de son rival étaient débusquées.

«Pendant le débat, les gens pouvaient vérifier les faits et l’équipe de Clinton a été en mesure de contrer les attaques de Trump. Ce ne fut pas le cas pour l’équipe républicaine qui a mené une campagne de salissage sur les réseaux sociaux», estime M. Laberge.

Il faut dire que Donald Trump n’a pas eu le monopole du salissage sur les réseaux sociaux. Hillary Clinton a, elle aussi, fréquemment attaqué son adversaire par l’entremise de ses comptes sociaux.

«Ce n’est pas une élection comme celle d’Obama où les réseaux sociaux étaient utilisés pour augmenter la notoriété du candidat. Cette fois, on connaît très bien qui ils sont et on a simplement voulu démolir l’adversaire», poursuit le spécialiste.

L’influence des médias non traditionnels

Plusieurs sites web conçus sous le modèle d’affaires de la compagnie Buzzfeed ont eu leur rôle à jouer dans la campagne, s’imposant comme une source d’information fréquemment consultée grâce aux réseaux sociaux, surtout chez les plus jeunes électeurs.

«Ce n’est pas une très bonne nouvelle, à mon avis, note M. Laberge. Ces compagnies, ce qu’elles souhaitent, c’est d’attirer un volume d’internautes sur leur site web, c’est leur modèle d’affaires. Ils n’ont pas d’avantages à se montrer partiaux, ce qui compte, c’est le divertissement et le divertissement n’a pas manqué avec Donald Trump.»

M. Laberge regrette que les véritables enjeux aient été relégués au second plan de l’élection au profit des attaques et des déclarations explosives des candidats, une réalité exacerbée par l’utilisation des réseaux sociaux.

«On a vu Trump partout, tout le temps, mais personne n’a entendu parler de son programme», indique-t-il.

En 2012, près de 31 millions de gazouillis ont été publiés sur Twitter durant la soirée électorale, avec une pointe de plus de 237 000 tweets par minute lors de la confirmation de l’élection de Barack Obama. Dans le contexte historique de cette élection ternie par des scandales de part et d’autre, il y a fort à parier que ces chiffres seront aussi importants, sinon plus, le 8 novembre.

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