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Denis Coderre se sent suivi

Yves Poirier  et Agence QMI

Le maire de Montréal, Denis Coderre, affirme s'être plaint auprès de l'ex-chef de police, Marc Parent, au sujet de deux reportages diffusés à TVA Nouvelles. C'est ce qu'il a déclaré sur les ondes du 98.5 FM, lundi matin.

En juillet 2014, le journaliste Félix Séguin de notre Bureau d'enquête apprenait en primeur que le maire de Montréal, Denis Coderre, aurait réquisitionné une voiture de police pour se faire escorter au spectacle de Corey Hart au Centre Bell.

Quelques mois plus tard, en décembre 2014, le journaliste Yves Poirier dévoilait en exclusivité une contravention émise au maire Coderre pour excès de vitesse sur le territoire lavallois. Une contravention de 130$ et deux points d'inaptitude.

«Là, c'est Denis Coderre qui a été victime dans cette histoire-là. Il faut se rappeler qu'en décembre 2014, on avait parlé d'un ticket de vitesse, la nouvelle était sortie à TVA, que j'avais eu un ticket à Laval. J'avais vu le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, qui m'exhibait ce ticket-là et comme par hasard, par la suite, c'était sorti dans les nouvelles à TVA. On avait aussi parlé d'un fameux concert de Corey Hart et là, on avait sorti le registre des appels comme quoi j'avais fait un branle-bas de combat pour prendre une photo avec Corey. Un moment donné, je me dis, est-ce que je me fais suivre? Est-ce que dans la situation syndicale patronale fait en sorte qu'on me check présentement. Est-ce que c'est légal ça? Alors j'ai dit à Marc Parent, là c'est Coderre le citoyen. Est-ce qu'on peut commencer à fouiller dans les registres et envoyer ça à gauche et à droite. Ce n'est pas une demande d'enquête ou des choses comme ça."»

La fraternité réagit

La Fraternité des policiers soutient que les relations de travail ne sont pas responsables «de la chasse aux sorcières, de l’espionnage de journalistes et de la crise au SPVM».

«Il s’agit d’une évidente tentative de diversion pour occulter sa propre responsabilité en tant que maire qui s’ingère en demandant directement des enquêtes au directeur de police», selon la Fraternité.

La Fraternité avait également reçu une copie dudit billet d'infraction de la part d'une source anonyme.

Patrick Lagacé

Le chroniqueur de «La Presse» Patrick Lagacé a affirmé, lundi, que le maire de Montréal, Denis Coderre, aurait possiblement demandé au  SPVM de l’espionner lorsqu’il a tenté de savoir si M. Coderre avait bel et bien payé un constat d’infraction donné parce que son immatriculation n’était pas en règle, une situation qui serait survenue alors que Denis Coderre était député fédéral.

Même si le bureau du maire a affirmé que M. Coderre n’était pas au courant que le SVPM avait mené une enquête concernant cette fuite qui impliquerait des fonctionnaires, le maire a ensuite avoué avoir parlé de cette affaire au chef du SPVM parce qu’il se sentait visé personnellement, en tant que citoyen. Le maire attribue ces fuites à des conflits syndicaux.

Dans son article, M. Lagacé écrit avoir enquêté, à l’automne 2014, sur un constat d’infraction que M. Coderre avait reçu lorsqu’il était député à Ottawa. Selon des sources qui ont communiqué avec le journaliste, l’amende pour une immatriculation impayée n’aurait jamais été payée.

En décembre, M. Lagacé a envoyé un courriel à l’attaché de presse de M. Coderre pour avoir le fin mot sur cette histoire. Le chroniqueur a abandonné cette piste après avoir obtenu l’assurance d’un haut gradé du SPVM que le constat a bel et bien été payé, ce qu’a confirmé Denis Coderre lundi à la radio.

«Plusieurs mois plus tard, j’apprends qu’après mon courriel du 17 décembre à l’hôtel de ville, une enquête criminelle a été déclenchée par le SPVM pour savoir qui m’a parlé», a raconté le chroniqueur, qui estime que le bureau de M. Coderre a dû communiquer avec celui du directeur du SPVM. L’enquêteur responsable du dossier a alors ordonné à Telus de fournir les relevés téléphoniques de M. Lagacé pour savoir qui avait pu l’appeler et l’informer.

Même s’il estime que cette fuite est «une infraction grave, celle d'abus de confiance», le maire a dit dans une déclaration qu’il est «inacceptable que des méthodes aussi invasives furent utilisées auprès de journalistes. Ces méthodes semblent disproportionnées par rapport à la gravité objective de l'infraction alléguée».

Au micro du 98,5 FM lundi, le maire Coderre n’a pas condamné le SPVM pour cette surveillance de Patrick Lagacé, se contentant de dire que c’est à la direction de l’époque de s’expliquer.

Depuis une semaine, le SPVM et la Sûreté du Québec ont admis avoir obtenu le droit de suivre à la trace des journalistes, d’accéder à leurs relevés téléphoniques, voire de les mettre sous écoute.

En tout, une dizaine de journalistes auraient fait l’objet d’une surveillance par l’un ou l’autre de ces corps policiers.
 

 

 

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