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Des Mexicains incrédules devant un scénario «cauchemardesque»

Agence France-Presse

Visages défaits ou incrédules, des Mexicains ont assisté mardi à la victoire à l'élection présidentielle américaine de Donald Trump dont les diatribes anti-immigrants avaient provoqué l'ire de tout le pays, tandis que le peso mexicain s'effondrait.

Au bar-restaurant Pinche Gringo («Foutu gringo»), Mexicains et citoyens américains pensaient célébrer ensemble la victoire de Hillary Clinton, mais ont finalement dû assister à la marche triomphale de Donald Trump vers la Maison-Blanche tandis que le peso mexicain dévissait de près de 14%.

«Je me sens triste, très triste, ça ressemble à un cauchemar» commentait Erick Sauri, un architecte de 35 ans, qui arborait un tee-shirt «Hillary Clinton for president» («Hillary Clinton présidente»).

Au fil des heures, les clients de cet établissement sont passés de l'enthousiasme à la consternation.

«Je ne comprends pas comment tant de personnes ont voté pour un projet de haine», déplorait Monserrat Valencia, une économiste de 25 ans, en quittant l'endroit. «J'étais quasiment sûre de sa victoire» ajoutait-elle.

«Je ne peux pas le croire (...). J'ai de la famille aux États-Unis et il les a tant et tant menacés», déclarait de son côté, presque à la cantonade, Luara Garcia, une commerçante de 46 ans.

Pour ne rien arranger, le peso, qui avait subi une dépréciation record fin septembre à 19,93 pesos pour un dollar, chutait au cours de la soirée pour s'échanger à 20,78 pesos le dollar.

Le ministre des Finances Jose Antonio Meade et le directeur de la Banque centrale Agustin Carstens ont annoncé une conférence de presse dans la matinée.

Le Mexique a suivi attentivement la campagne américaine depuis l'entrée fracassante l'an dernier dans la course à la Maison-Blanche du magnat new-yorkais qui avait qualifié les migrants mexicains de «violeurs» et de trafiquants de drogue. Trump avait également promis de faire construire un mur entre les deux pays que paierait le Mexique et de renégocier l'accord de libre-échange nord-américain (ALENA), trop favorable selon lui au voisin du sud.

Pour exprimer leur colère, les Mexicains ont brulé des effigies de Trump lors de la Semaine sainte, peint des graffitis ou encore exposés des caricatures peu flatteuses du milliardaire.

La visite éclair le 31 août à Mexico du magnat de l'immobilier avait déclenché de vives critiques.

Beaucoup de Mexicains ont reproché à Enrique Pena Nieto de n'avoir pas condamné ouvertement lors de la conférence de presse commune les propos tenus par le milliardaire en campagne, reprochant à leur président d'avoir ainsi fait le jeu du candidat républicain.

M. Pena Nieto avait ensuite tweeté avoir informé Trump que son gouvernement ne paierait pas le mur tout en reconnaissant peu après que l'invitation était sans doute «précipitée».

Mais cette invitation controversée pourrait s'avérer maintenant profitable pour le président mexicain qui n'a cessé de marteler que son but était d'ouvrir un dialogue avec un homme pouvant devenir président des États-Unis.

Au «Pinche Gringo», Carlos Arturo Fernandez, un chauffeur Uber de 36 ans, estimait que les choses ne tourneraient peut-être pas si mal finalement avec Trump à la Maison-Blanche.

«Que ce soit Trump ou Hillary, cela apportera de mauvaises et de bonnes choses», relativisait-il, philosophe.

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