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Le président Peña Nieto et Trump vont se rencontrer

Jennifer Gonzalez Covarrubias et Sylvain Estibal | AFP

Le président mexicain Enrique Peña Nieto et Donald Trump ont convenu de se rencontrer, a annoncé mercredi à Mexico le chef d'État mexicain, félicitant le président américain nouvellement élu.

«Nous avons convenu avec le président élu de nous réunir de préférence durant la période de transition (avant la prestation de serment en janvier, ndlr) pour définir avec clarté la direction que prendra la relation entre les deux pays», a déclaré M. Peña Nieto lors d'une conférence de presse, qualifiant de «cordiale, amicale et respectueuse» la conversation téléphonique avec celui qui, durant la campagne, avait copieusement insulté les Mexicains.

La victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine a fait chuter la Bourse mexicaine et le peso, mais le gouvernement s'est voulu rassurant.

«Je félicite les États-Unis pour leur processus électoral et répète à @realDonaldTrump être prêt à travailler ensemble en faveur des relations bilatérales», avait écrit M. Peña Nieto sur Twitter.

«Le Mexique et les États-Unis sont amis, partenaires et alliés qui doivent continuer de collaborer pour la compétitivité et le développement de l'Amérique du Nord», a-t-il ajouté.

Moins confiante, la Bourse mexicaine a chuté de 3,18% dès les premiers échanges et le peso a plongé de 7,18% à la fermeture, dans la crainte de conséquences pour l'économie du pays.

Dans le même temps, la ministre des Affaires étrangères Claudia Ruiz Massieu a déclaré sur la chaîne Televisa que «payer un mur (frontalier) n'était pas envisagé».

Et face à un éventuel retour en masse des migrants, le Mexique est «prêt à affronter toute situation», a-t-elle assuré.

Enrique Peña Nieto avait été vivement critiqué dans son pays en recevant à Mexico le 31 août le magnat de l'immobilier Donald Trump sans condamner ouvertement ses propos au vitriol sur les migrants, notamment mexicains.

Le candidat républicain les avait qualifiés durant sa campagne de violeurs et de trafiquants de drogue, provoquant la colère des Mexicains qui avaient brûlé ses effigies durant la Semaine sainte.

M. Peña Nieto avait ensuite reconnu que l'invitation était sans doute «précipitée» tout en la justifiant par la nécessité d'ouvrir le dialogue avec un possible futur président américain.

Donald Trump s'est engagé à faire construire un mur à la frontière entre les deux pays, aux frais du Mexique, et renégocier l'accord de libre-échange nord-américain (ALENA), trop favorable à ses yeux au voisin du sud.

Mme Ruiz Massieu a reconnu qu'avec le triomphe de Trump la relation avec les États-Unis allait changer. «Mais nous ne partons pas de zéro», a-t-elle assuré, son gouvernementayant maintenu une communication permanente avec l'équipe du magnat républicain.

Les Mexicains accusaient le coup après l'élection de celui qui a bâti sa campagne sur des diatribes contre eux.

«Je me sens triste, très triste, ça ressemble à un cauchemar», commentait Erick Sauri, un architecte de 35 ans, qui arborait un tee-shirt «Hillary Clinton for president» après avoir suivi l'élection dans un restaurant de la capitale.

«Pour le moment, nous gagnons déjà moins d'argent qu'hier», déplorait-il devant la chute du peso.

Le ministre des Finances José Antonio Meade a de son côté tenu à rassurer, indiquant que l'économie mexicaine avait la «force» suffisante pour affronter la «volatilité» des marchés.

«Le Mexique a traversé des défis liés à la volatilité dans le passé avec unité, nous appuyant sur notre solidité économique et en prenant les mesures politiques adéquates et prudentes, et ce sera de nouveau le cas», a-t-il déclaré au Palais national.

Le directeur de la Banque centrale, Agustin Carstens, avait lui comparé en septembre une victoire de Trump à un ouragan de catégorie 5 frappant le Mexique.

«L'arrivée au pouvoir de Trump augmente l'incertitude au Mexique du fait de ses liens économiques étroits avec les États-Unis», avait aussi analysé l'agence de notation Fitch Ratings.

Selon Jonathan Heath, un expert économique réputé au Mexique, le peso va poursuivre sa chute à court terme. «Nous sommes en état de choc et dans un sens les marchés reflètent cela», a-t-il commenté à l'AFP.

Mais selon l'expert, la principale menace pour le pays porte sur une remise en question de l'ALENA.

En 2015, les échanges entre les pays ont atteint 531 milliards de dollars et 80% des exportations mexicaines prennent la direction des États-Unis.

«Le Mexique est le pays qui a le plus à perdre au niveau mondial», selon Jonathan Heath.

Les devises expédiées au Mexique par les migrants installés aux États-Unis constituent un autre flux crucial pour l'économie : sur les huit premiers mois de l'année, ce montant en devises s'est élevé à 17,7 milliards de dollars.

«À très court terme, ces envois pourraient s'accroître», selon M. Heath, les familles pouvant espérer tirer immédiatement avantage de la faiblesse du peso dans un contexte d'incertitude face à l'avenir.

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