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Consommation

Vendredi fou, la manne pour les commerçants

Martine Turenne | Argent

Les commerçants ont reçu un cadeau inespéré laveille du Vendredi fou: de la neige. «C’est l’un des déclencheurs de l’achat de cadeaux de Noël», dit Léopold Turgeon, président-directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CGCD). «La neige plus le Vendredi fou égale le jackpot.»

Car l’autre déclencheur est ce Vendredi fou lui-même, dont la popularité ne fait que croître : plus du tiers des Québécois (35%) prévoit y participer –ainsi qu’au Cyberlundi – une hausse de 6% par rapport à 2015. Pas mal pour un événement importé des États-Unis, quasi inconnu au Québec il y a trois ans.

«C’est d’abord et avant tout un déplacement de la période d’achats, poursuit Léopold Turgeaon. Elle commence plus tard. Avant, les achats des Fêtes se répartissaient également entre les mois d’octobre, novembre et décembre. Or, pour la première fois en 2015, selon notre sondage, les gens n’ont fait que 23% de leurs achats en octobre. Ils savent qu’il y aura des soldes lors du Vendredi fou.»

En moyenne, les participants alloueront 250$ de leur budget des Fêtes pour leurs achats lors de ces deux journées, selon ce sondage réalisé par la firme L'Observateur pour le compte du CQCD auprès d’un millier de Québécois.

«Ce qui est intéressant, c’est que le Vendredi noir stagne aux États-Unis, mais est en forte augmentation ici», dit Arnaud Granata, éditeur d’Infopresse. Les commerçants ont embarqué dans cette folie des soldes afin de contrer le magasinage des Québécois de l’autre côté de la frontière. «Pour les commerçants, leur chiffre d’affaires ces prochains jours sera un très bon indicateur de toute la période des Fêtes.»

Près de la moitié des Québécois (44 %) qui disent participer au Vendredi fou ou au Cyberlundi feront des achats en ligne durant les prochains jours, et presque autant (42 %) se rendront en magasin.

Télé, ordis, jouets électroniques...

Le Vendredi noir, c’est d’abord l’affaire des produits électroniques, les plus prisés de ces célébrations (76% d’intention d’achats selon le sondage).

Et c’est le téléviseur qui est le roi de cette journée de magasinage frénétique. «Les télés 4K, soit avec une haute définition quatre fois plus grande que la génération antérieure, sont infiniment populaires», dit Thierry Lopez, directeur marketing et affaires corporatives Québec chez Best Buy.

Best Buy se classe d’ailleurs au sommet de la liste des destinations pour le quart des répondants qui vont magasiner en ligne, suivie par Amazon (24%), eBay (8%) et Walmart (7%).

Hormis la télé, les ordinateurs portables et les cellulaires ont la cote, mais les plus fortes hausses de popularité, dit Thierry Lopez, sont les jouets technos, les drones, les appareils de réalité virtuelle, les montres connectées. «Les produits électroniques sont de plus en plus des objets de mode.»

Les objets connectés connaissent en général une très forte croissance, constate Arnaud Granata. «Les assistants personnels, comme Google Home, les appareils de reconnaissance vocale pour la maison... Les gens ne se demandent plus à quoi ils servent. Il y en a eu pour 190 millions $ vendus en 2015, on prévoit que ce marché atteindra 1,8 milliard $ d’ici 2025 aux États-Unis seulement.»

Mai en novembre

Les aubaines du Vendredi noir dépassent désormais les biens courants, note Léopold Turgeon. Les agences de voyages en profitent pour faire des rabais, ainsi que les concessionnaires automobiles, qui tapissent les pages des quotidiens de leurs annonces.

«Le Vendredi noir, et le lendemain, samedi, font en sorte que le mois de novembre est à égalité avec ceux de mai et de juillet, les meilleurs de l’année », dit Denis Leclerc, président du Groupe Albi le Géant, qui possède 23 magasins à travers le Québec.

Normalement, Denis Leclerc vend environ 60 voitures par jour dans ses magasins lors du mois de novembre, parmi les plus tranquilles de l’année. Mais vendredi et samedi, il doublera ce chiffre, à environ 120. «Je n’aurai pas de baisse de mes ventes en novembre grâce à ces deux journées seulement, dit-il. Albi n’ouvre que quatre samedis par année, et celui qui suit le Vendredi noir est l’un de ces quatre-là.»

Les promotions dépendent des fabricants, explique M. Leclerc, et vont de baisses ou de report dans les paiements de location aux pneus d’hiver gratuits. «Il faut être très créatif car les clients ont des attentes.»

Déconsommation?

L’autre grande tendance du Vendredi noir, dit Arnaud Granata, est une forme de déconsommation. «Il y a tout un courant qui émerge chez des marques, aux États-Unis, qui disent, en gros, de réfléchir à cette surconsommation. Patagonia a décidé de donner 100% de ses ventes, vendredi, dans un projet pour l’environnement. Les consommateurs veulent acheter, mais aussi se déculpabiliser.»

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