/news/society

De l'aide en santé mentale pour éviter d'autres drames

Des schizophrènes s'inquiètent qu'on montre du doigt la maladie mentale de Frédérick Gingras, cet homme de 21 ans accusé de deux meurtres à Montréal.

Ceux-ci font valoir que c'est surtout la consommation de drogue qui est probablement en cause.

Frédérick Gingras, qui a tué deux personnes en fin de semaine à Montréal, consommait de la drogue. Il est schizophrène et, semble-t-il, ne prenait pas ses médicaments correctement.

Son histoire touche Guillaume Aragon Lafrance, lui-même schizophrène. «Moi, je pense que c'est plus un problème de consommation, son affaire, que la schizophrénie», confie-t-il.

«Au début, c'est des petits délires, c'est pas grave, mais à un moment donné, tu as l'impression qu'il donne des coups d'épée et qu'il tire du "gun"», témoigne M. Aragon Lafrance.

Il a lui aussi déjà cessé de prendre ses médicaments tout en consommant. «Quand tu ingères des médicaments et que tu mets le pot avec ça, c'est explosif.»

Mais Guillaume, lui, n'a jamais été agressif. Les schizophrènes ne doivent jamais arrêter de prendre leurs médicaments.

«J'ai pris mes médicaments adéquatement, vie normale, travail», précise-t-il.

Au moins 140 personnes atteintes de schizophrénie fréquentent l'organisme communautaire D'un Couvert à l'autre à Longueuil. L’organisme fonctionne sans subvention. Le gouvernement du Québec a toujours refusé de lui verser de l'argent, même s'il aide des jeunes âgés en moyenne de 30 ans à briser l'isolement, à rebâtir leur vie.

«Quand les gens sortent de l'hôpital, il n'y a pas de place pour avoir des projets de vie», affirme Gerry Prindle, D’un Couvert à l’autre.

Bipolarité et trouble psychotique

De son côté, Alexandre Hivon souffre d'une autre maladie mentale: «Moi, j'ai de la bipolarité et j'ai un trouble psychotique aussi. J'ai commencé à délirer complètement.»

Lorsque sa médication n'était pas bien ajustée, il lui est arrivé d'être très agressif.

«J'ai déjà essayé de travailler à un moment donné pour un gars et la personne m'avait pas payé. Ça m'a fait délirer complètement. J'avais envie... J'avais quasiment envie de le tuer, mais j'ai été hospitalisé, donc ça ne s'est pas produit et je ne voulais pas que ça se produise», raconte M. Hivon.

Les schizophrènes sont plus dangereux pour eux que pour les autres. Quelque 10% d’entre eux se suicident.

«Je suis vraiment pas violente. Et de voir que les gens nous mettent tous dans le même paquet, ça me fâche», dit une femme présente à D’un Couvert à l’autre.

Andrée Fleury, qui est mère de deux fils schizophrènes, lance un cri du cœur: «Quand les parents appellent et disent que leur fils est en psychose, je pense que ce serait important que l'intervention se fasse le plus rapidement possible parce qu'ils nous disent: "Est-ce qu'il est dangereux? Est-ce qu'il a bousculé quelqu'un?" Si on dit non, ils viennent pas.»

-D’après un reportage d’Harold Gagné