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D’encre et de sang: trouver les mots

Ariane Labrèche | Agence QMI

JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL

Rare créature tricéphale, le film «D’encre et de sang» étonne par la présence de six mains sur le gouvernail. Au-delà de cet exploit technique se trouve un film qui plonge dans la littérature pour révéler des personnages aux multiples facettes.

Trois réalisateurs qui se partagent la tâche de réaliser un long métrage. Ce défi technique et créatif retient tout de suite l’attention lorsqu’on entend parler «D’encre et de sang».

«Ça demandait une grande humilité, un désir commun d’amener le projet à sa complétion. Souvent, on était sept autour de la table en comptant les scénaristes et la productrice», détaille Alexis Fortier Gauthier, coréalisateur du film avec Francis Fortin et Maxim Rheault.

Le choix du long métrage s’est imposé de manière organique aux trois comparses au cours du processus d’écriture. «On ne voulait pas faire trois courts métrages mis bout à bout. On se serait moins mis en danger», souligne Francis Fortin. «On voulait raconter quelque chose qui avait du souffle, suivre les personnages durant une longue période. On ne voulait pas faire décrocher le spectateur ou se mettre en compétition l’un contre l’autre», renchérit Alexis Fortier Gauthier.

Le film «D’encre et de sang» repose tout de même sur trois parties, chacune dirigée par un réalisateur distinct. On y suit Sébastien, incarné par Martin Desgagnés, un libraire et écrivain frustré qui se lie d’amitié avec Joseph, joué par Fayolle Jean, un auteur qu’il admire.

Lorsque ce dernier est happé par une voiture devant sa librairie, Sébastien découvre un manuscrit inédit dans son sac.

Révéler la psyché

«On a l’impression que l’histoire tournera autour du vol, mais non. C’est le contenu du livre qui finit par bouleverser l’univers des personnages», explique Alexis Fortier Gauthier. «Ce sont les tensions que le geste amène et les répercussions que ça peut avoir au niveau psychologique qui sont vraiment intéressantes et centrales», rajoute Lysandre Ménard, qui incarne Sasha, la fille de Sébastien.

Pour les comédiens, le fait d’être successivement dirigé par trois réalisateurs était révélateur. «Chacun a une facette qu’il veut exploiter davantage, ce qui apporte son lot de nuances dans notre manière de concevoir le personnage. En même temps, il y avait une cohésion étonnante dans leur vision commune», souligne Martin Desgagné.

Chassé-croisé

Complexes, les rapports entre les personnages du film représentaient tout un défi pour les acteurs. «On est rarement confrontés à des enjeux aussi déchirants d’un point de vue personnel. Mon personnage vit de grands moments de solitudes, et c’était quelque chose de jouer tous ces tourments-là», décortique Iannicko N’Doua, qui incarne Sidney, le fils de Joseph. Ce dernier développe au cours du film une relation amoureuse avec Sasha. «Elle a été témoin de la mort de Joseph, ça l’a marquée. Elle est toute mêlée, elle projette une confiance qu’elle n’a pas et cette profondeur-là était super intéressante à travailler pour moi», affirme Lysandre Ménard.

Au cœur de l’intrigue, une constante demeure: les mots. «Le livre, c’est aussi l’imaginaire. On avait un budget ridicule, mais on voulait tout de même réussir à ouvrir une fenêtre sur le monde, explique Alexis Fortier Gauthier. On voulait parler de choses un peu plus grandes que le simple quotidien, et la littérature nous a permis de le faire.»

«D’encre et de sang» prend l’affiche le vendredi 9 décembre au Cinéma Beaubien, au Cinéma du Quartier latin, au Cinéma Le Clap à Québec et à La Maison du Cinéma de Sherbrooke.