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Un tweet de Trump prend pour cible le F-35 furtif américain

Michael Smith | Agence France-Presse

Le chasseur furtif américain F-35, abonné aux contretemps, devait connaître une journée faste lundi avec la livraison de deux exemplaires à Israël. Mais il a été retardé par le brouillard italien et plombé par un tweet du président élu Donald Trump sur son coût pour les États-Unis.

L'arrivée en Israël des deux premiers exemplaires de l'appareil construit par le groupe américain Lockheed Martin s'annonçait comme une avancée heureuse pour un programme freiné par les retards et lesté par les dépassements de coûts faramineux.

Tout le gratin israélien s'était préparé à assister en début d'après-midi sur la base aérienne de Nevatim (sud) à l'atterrissage des deux premiers F-35, sur les 50 qu'Israël est appelé à recevoir dans les prochaines années.

Mais les deux avions partis d'Italie se sont posés après la tombée de la nuit, avec six heures de retard, prêtant le flanc au persiflage des internautes.

La faute à la réglementation italienne relative à la visibilité au moment du décollage, a assuré sur place, Jack Crisler, vice-président de Lockheed Martin, contraint d'énoncer des évidences comme le F-35 «est capable de voler» par mauvais temps.

«Espérons qu'il fera beau quand nous ferons la guerre», a ironisé un Israélien sur Twitter.

Le décollage d'Italie n'avait pas encore été confirmé que Donald Trump décochait en direction des appareils un projectile beaucoup plus puissant.

«Le programme F-35 et son coût sont hors de contrôle. Des milliards de dollars peuvent - et vont - être économisés sur des achats militaires (et autres) après le 20 janvier», date de sa prise de fonctions, a twitté M. Trump.

Le programme le plus cher de l'histoire militaire des États-Unis, avec un coût estimé au total à près de 400 milliards de dollars (376 milliards d'euros) pour le Pentagone, n'avait pas besoin de cela.

Le F-35, chasseur bombardier furtif de 5e génération, doit équiper aussi bien l'armée de l'air américaine que l'aviation embarquée de la marine et le corps d'aviation des Marines. L'appareil a commencé à être déployé aux États-Unis et à être livré à des clients à l'étranger.

Bijoux de technologie, ces appareils censés échapper aux radars les plus perfectionnés et voler à Mach 1,6 (environ 1.900 kilomètres par heure) sont supposés être six fois plus efficaces que les appareils actuels en combat aérien et en surveillance, et huit fois plus efficaces en attaque au sol.

Mais, depuis son lancement au début des années 1990, le programme est en butte aux vicissitudes, techniques, de calendrier et de mise en oeuvre.

Sur la base aérienne de Nevatim, Jeff Babione, directeur du programme F-35 chez Lockheed Martin, a assuré que le groupe était disposé à répondre à toutes les questions de M. Trump.

Mais il a invoqué la «technologie incroyable» de l'appareil et les centaines de millions de dollars investis par le groupe de défense et ses partenaires pour réduire la facture de construction et de maintenance.

Lockheed escompte réduire le prix de l'avion à 85 millions de dollars (80 millions d'euros) en 2019 ou 2020, a-t-il dit à l'AFP. Israël paie ses premiers avions 110 millions de dollars (103 millions d'euros) pièce.

«Quand nous serons à 85 millions de dollars, le F-35 sera moins cher que n'importe quel autre jet de 4e génération dans le monde, alors qu'il est de la 5e génération», a-t-il dit.

En Israël aussi, le F-35 a ses détracteurs. Mais les défenseurs de l'avion ont au contraire salué la livraison comme la promesse qu'Israël conservera sa supériorité militaire dans une région où il compte de nombreux ennemis.

«Quiconque aura à l'idée de nous détruire mettra sa propre existence en danger», a dit le premier ministre Benjamin Netanyahu à l'arrivée des appareils dans une allusion apparente à l'Iran.

Le F-35 est présenté par Israël comme l'une des réponses à la menace iranienne, car réputé capable de passer inaperçu des missiles S-300 livrés à l'Iran par la Russie.

Comme les officiels israéliens, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter, présent sur place, a exalté la vigueur de la relation stratégique entre Israël et les États-Unis.

«Il n'y a pas de meilleur symbole de l'engagement américain à défendre la sécurité d'Israël que le F-35, le meilleur avion dans le ciel», a-t-il souligné.

L'achat des F-35 sera financé grâce à l'aide militaire américaine qui va atteindre 38 milliards de dollars (36 milliards d'euros) pour la période 2019-2028.

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