/news/world

Rex Tillerson nommé secrétaire d'État

Nicolas Revise | Agence France-Presse

Donald Trump a nommé mardi comme chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson, PDG du géant pétrolier ExxonMobil et ami de la Russie, le président élu des États-Unis souhaitant un réchauffement des relations avec Moscou après les tensions de l'ère Obama.

M. Tillerson, 64 ans, connaît très bien la Russie où, en sa qualité de patron du premier groupe pétrolier mondial, il a souvent fait des affaires. Mais il a aussi développé une relation personnelle avec le président russe Vladimir Poutine. Le Kremlin a d'ailleurs immédiatement salué un «professionnel» qui a «de bonnes relations de travail» avec le chef de l'État russe.

Ce choix risque toutefois de se heurter à l'opposition du Sénat, qui devra confirmer cette nomination ministérielle, au moment où Moscou est accusé par la CIA d'avoir interféré dans la présidentielle américaine du 8 novembre en faveur de Donald Trump.

Mais en faisant de ce puissant homme d'affaires la voix et le visage de la diplomatie américaine, le président élu confirme qu'il veut amorcer une détente avec la Russie. Après une tentative de «reset» (relance, ndlr) lancée en 2009 par le président Barack Obama et sa secrétaire d'État de l'époque Hillary Clinton, les relations américano-russes sont tombées au plus bas ces dernières années avec l'annexion de la Crimée et la guerre en Syrie.

«Je ne peux imaginer une personne mieux préparée et aussi dévouée pour servir en tant que secrétaire d'État à ce moment crucial de notre histoire», s'est félicité M. Trump en annonçant la nomination de M. Tillerson dans un communiqué.

Il estime qu'«il sera un avocat ferme et lucide des intérêts nationaux vitaux de l'Amérique et aidera à changer des années de mauvaise politique étrangère et d'actions qui ont affaibli la sécurité et la place de l'Amérique dans le monde».

Donald Trump, qui remplacera Barack Obama à la Maison-Blanche le 20 janvier, s'est aussi réjoui d'avoir choisi l'un des plus «grands dirigeants d'entreprise du monde» pour succéder au démocrate John Kerry, à la tête du département d'État depuis février 2013.

Justifiant ce choix inhabituel, l'équipe Trump a souligné que M. Tillerson saura «comment s'orienter dans l'architecture complexe des affaires du monde et de différents dirigeants étrangers».

Son arrivée a également été saluée par l'ancienne secrétaire d'État du président George W. Bush, Condoleezza Rice et par l'ex-patron du Pentagone Robert Gates -- qui a servi MM. Bush et Obama. M. Tillerson représente un «excellent choix», une nomination «fantastique», ont-ils vanté.

Mais le prochain chef de la diplomatie de la première puissance mondiale est loin de faire l'unanimité chez les républicains qui devront confirmer sa nomination au Sénat.

Vladimir Poutine, qui lui avait remis en 2013 la décoration russe de l'ordre de l'Amitié, destinée aux étrangers, «est un voyou et un assassin, je ne vois pas comment on peut être l'ami d'un ancien agent du KGB», avait lancé le sénateur républicain John McCain peu avant la nomination.

Son pair de l'Etat de Floride, Marco Rubio, a reconnu que le PDG d'ExxonMobil était un «homme d'affaires respecté», mais il a fait part de ses «graves inquiétudes», soulignant qu'un secrétaire d'État devait «voir le monde avec clarté morale, sans conflits d'intérêts et avec un sens clair des intérêts de l'Amérique».

John Kerry, qui s'en va sans avoir pu arrêter le carnage en Syrie malgré des années de négociations avec la Russie, s'est contenté de «féliciter» son successeur et lui garantir une «transition sans encombre afin que la prochaine administration poursuive le travail important de la politique étrangère des États-Unis».

L'enjeu fondamental du moment est la relation Washington-Moscou.

Le patron d'ExxonMobil s'était exprimé contre les sanctions imposées par les Occidentaux pour punir les agissements de la Russie en Ukraine. À contre-courant de la fermeté des Européens et de l'administration Obama, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande s'étant encore prononcés mardi pour la prolongation de ces sanctions.

Le sénateur démocrate Ben Cardin s'est d'ailleurs dit «profondément troublé par l'opposition de M. Tillerson aux sanctions des États-Unis contre la Russie dans la foulée de l'invasion, de l'occupation et de l'annexion illégales de la Crimée, en Ukraine, et par sa relation étroite avec Vladimir Poutine».

Rex Tillerson aura aussi à traiter avec la Chine.

Depuis le début du mois, Donald Trump a multiplié les déclarations menaçant de rompre le fragile équilibre des relations entre les États-Unis et la Chine, en particulier sur la très sensible question de Taïwan. Pékin a d'ailleurs lancé sa plus sévère mise en garde à ce jour mardi, avertissant que toute personne qui menacerait les intérêts de Pékin à Taïwan «soulèverait un rocher qui lui écraserait les pieds».

Dans la même catégorie