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Trump prêt à laisser à ses fils son opaque empire

Catherine Triomphe | Agence France-Presse

Accusé de conflits d'intérêts, Donald Trump promet d'abandonner à ses fils et de hauts responsables la gestion de son empire immobilier, une nébuleuse internationale qu'il dirigeait en autocrate jusqu'ici.

«Même si la loi ne m'y oblige pas, je vais abandonner mes affaires avant le 20 janvier pour pouvoir me concentrer sur la présidence. Deux de mes enfants, Don et Eric, plus des cadres, les dirigeront. Aucun nouveau contrat ne sera passé durant mon (mes) mandat(s)», a tweeté tard lundi le futur président américain.

Il a néanmoins reporté à janvier une conférence de presse sur l'avenir de ses affaires, initialement prévue pour jeudi.

Les accusations de conflits d'intérêts pour le premier milliardaire à accéder à la Maison-Blanche se sont multipliées depuis son élection. D'autant que sa société, la Trump Organization, est une nébuleuse non cotée en bourse, avec des activités dans 20 pays, de l'Écosse aux Émirats arabes unis, de l'hôtellerie au mannequinat en passant par clubs de golf et gratte-ciels résidentiels.

La société ne donne aucun chiffre, et faute de déclarations d'impôts que le milliardaire a toujours refusé de publier, les données sont rares: selon PrivCo, spécialisée dans l'information sur les sociétés non cotées, la Trump Organization employait plus de 22 000 personnes pour un chiffre d'affaires de 9,5 milliards de dollars en 2014.

Le flou est tel que l'évaluation même de la fortune de M. Trump est controversée: lui-même revendique 10 milliards, «Forbes» 3,7 et Bloomberg l'évaluait à 2,9 milliards en 2015.

Le modèle économique est clair néanmoins, témoin du sens du marketing de l'homme d'affaires: loin des grands investissements des années 80 - comme la Trump Tower inaugurée en 1983, où siège la Trump Organization - sa société se développe aujourd'hui avant tout dans une activité de licence de son nom sur des projets qui ne lui appartiennent pas.

Un exemple: la Trump Tower de Manille, un luxueux gratte-ciel de 57 étages actuellement en construction. Bien que non propriétaire, Trump a déjà reçu quelque 5 millions de dollars pour que la tour soit à son nom, selon CBS.

Le président philippin Rodrigo Duterte a même nommé au poste d'émissaire spécial aux États-Unis le président de l'entreprise philippine qui dirige le projet, Jose Antonio, alimentant les craintes de conflits d'intérêts.

Au fil des ans, Donald Trump - qui dit «adorer les dettes» - a aussi contracté de multiples prêts auprès de créanciers souvent difficiles à identifier, faisant craindre qu'ils puissent eux aussi influer sur le prochain président.

Si les créanciers sont opaques, en revanche le style managérial est clair, affirme William Klepper, professeur de leadership en entreprise à l'université Columbia.

Trump «est un commandant», «quelqu'un qui dit aux autres ce qu'il faut faire et ne leur demande pas nécessairement ce qu'ils pensent qu'il pourrait faire», dit-il.

Un style «autocratique», «pas inhabituel pour une entreprise familiale», selon lui. Mais moins efficace dans des entreprises plus mûres ou à la tête du gouvernement américain où «on attend une approche plus collaborative».

Car aussi ramifiée que soit la Trump Organization, elle reste familiale. Autour du président Trump, on trouve d'abord ses trois enfants, Donald Jr., Eric et Ivanka, tous vice-présidents de la société.

Si les derniers tweets semblent écarter Ivanka de la gestion à l'avenir, c'est parce qu'elle et son influent mari, Jared Kushner, devraient conseiller Donald Trump à la Maison-Blanche, selon certains médias américains.

Les autres responsables de la Trump Organization ont gagné leurs galons par leur dévouement au milliardaire.

Matthew Calamari, chef des opérations, débuta ainsi en 1981 comme simple agent de sécurité, après avoir impressionné Trump en neutralisant des perturbateurs à l'US Open.

Fidélité aussi pour Allen Weisselberg, discret directeur financier du groupe, qui travailla pour le père de Donald Trump avant de rallier la Trump Organization comme contrôleur de gestion dans les années 80.

Mais même en confiant les rênes de l'entreprise à ses fils et en s'abstenant de nouveaux contrats, les multiples conflits d'intérêts liés aux activités existantes resteront, estime Robert Weissman, président de Public Citizen, une ONG qui prône la transparence en politique.

«La seule façon de résoudre les conflits d'intérêt, c'est de vendre l'entreprise familiale» ou «de la confier à un gestionnaire de biens qui aurait pour première tâche de la vendre», dit-il. Des options que les derniers tweets de Trump semblent écarter.

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