/finance/homepage

Légalisation du pot : un marché de 1,3 G$... confié à la SAQ?

Le marché québécois du cannabis récréatif s'élèverait à 1,3 milliard$. Au cours des dix ans suivant une légalisation, la valeur de ce marché pourrait grimper jusqu'à 3,2 milliards$, en raison de la disparition progressive du marché noir.

C’est ce que révèle une étude de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS), qui dit vouloir prendre les devants dans le débat entourant la légalisation du cannabis récréatif au Canada.

Le chercheur à l’IRIS et coauteur de l’étude, Philippe Hurteau, a pris l’exemple du Colorado, puis a modulé ses chiffres aux réalités de la population d'ici.

Le choix de la SAQ

L'IRIS a analysé deux modèles de prise en charge de la vente, soit par le privé, soit par le public. L’Institut en vient à la conclusion que la commercialisation du cannabis par la SAQ serait «légèrement plus avantageuse» en termes de retombées économiques.

La valeur ajoutée serait de 845 millions$ dans le secteur privé, alors qu'elle s'élèverait à 867 millions$ pour la SAQ. Les redevances que verserait la société d'État au gouvernement pourraient atteindre 457 millions $ annuellement.

 La SAQ est mieux équipée pour résister aux pressions des acteurs actuellement présents sur le marché noir, dit Philippe Hurteau. «Elle offre également un encadrement plus sécuritaire en ce qui a trait à la vente d'un produit qui pose des risques sur le plan de la santé publique. »  L'IRIS recommande que la SAQ prenne en charge la distribution du cannabis récréatif pendant dix ans, après quoi le marché noir serait presque entièrement éradiqué.

Pour le Syndicat des employé(e)s de magasins et de bureaux de la SAQ (CSN), aucun acteur n'est mieux placé que la SAQ pour assurer la distribution du cannabis légalisé sur le territoire québécois. «Sur le plan économique, miser sur la SAQ est la meilleure façon de maximiser les retombées positives et assurer une source de revenus additionnelle pour financer nos services publics et nos programmes sociaux », dit le président de Syndicat des employés, Alexandre Joly.

La carte Inspire porterait bien son nom

Le rapport du groupe de travail sur la légalisation du cannabis, déposé mardi, recommande pourtant de ne pas passer par des sociétés d’État qui vendent déjà de l’alcool, comme la SAQ ou la LCBO, pour la distribution du cannabis, afin de ne pas encourager la «co-consommation». «Il y a déjà au Québec une société d’État qui a l’expertise dans les meilleures pratiques de mise en marché de substances qui peuvent causer des problèmes de santé et de sécurité publiques, et c’est la SAQ», dit Philippe Hurteau.

Le chercheur croit qu’il y a des manières d’empêcher la cohabitation des deux produits, en dédiant certaines succursales uniquement à la vente du cannabis, tout en conservant la majorité pour l’alcool.  Philippe Hurteau estime que les 400 millions$ générés en redevances pourraient initialement être utilisés dans de nouvelles infrastructures et succursales.

Dans sa stratégie, la SAQ encourage la consommation d’alcool. Sera-t-elle tentée de faire de même pour le pot ? Peut-on imaginer une carte Inspire dédiée au cannabis ? «Le risque existe, il faut le reconnaître, dit Philippe Hurteau. Le gouvernement fait pression sur la SAQ et il l’a transformée en vache à lait. Il y a des risques qu’elle fasse la même chose pour le pot. Mais ça serait la même chose si la vente est confiée au secteur privé. Et il y a de meilleures chances que ce risque soit contrôlé si c’est confié au pouvoir public. »

Tous les profits générés par sa vente, dit-il, pourraient être réinjectés dans des programmes de prévention, ce qui rendrait la hausse des ventes beaucoup moins alléchantes.

 

Dans la même catégorie

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.