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Surveillance de journalistes: «Un exercice de relations publiques» vivement dénoncé

Marie Christine Trottier

 - Agence QMI

Qualifiant le rapport du comité chargé d'étudier la surveillance des journalistes par la police de Montréal d'exercice de relations publiques manquant de rigueur, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et les partis d'opposition ont déploré que seule la version du SPVM ait été entendue.

«C'est un coup de relations publiques. Selon moi, c'est pour essayer de sauver la face de l'administration [Coderre]. Ça ne touche en rien à l'inquiétude des journalistes. Ils n'ont absolument rien réglé, ni répondu à aucune question», déplore Stéphane Giroux, président de la FPJQ, qualifiant ce rapport de la Commission de la sécurité publique (CSP) de «réducteur et ridicule.»

La CSP a déposé lundi au conseil municipal un rapport sans recommandation, se disant satisfaite «par la qualité et la rigueur des processus existants au SPVM dans le cadre d'enquête touchant les journalistes.»

Rappelons qu'en novembre dernier, cinq journalistes, dont Patrick Lagacé de «La Presse» et Félix Séguin, de TVA, ont appris avoir été surveillés par le SPVM. L'administration Coderre avait alors donné le mandat à la CSP d'étudier les techniques d'enquête du corps de police montréalais.

«C'est un comité qui ne trouve rien à redire sur les actions du SPVM. Il a été mis en place par la Ville, qui dit depuis le début du scandale qu'elle a entière confiance en son chef de police. Pour nous, en partant, le comité était très peu crédible», croit M. Giroux.

De son côté, le conseiller Steve Shanahan, de Vrai Changement, a qualifié ce rapport «d'échec». Son collègue Marvin Rotrand, de Coalition Montréal, estime que le SPVM a «abusé en espionnant ces journalistes» et que le rapport sera tabletté.

Mandat restreint

Alex Norris, de Projet Montréal et seul conseiller de l'opposition siégeant sur la CSP, s'est dissocié des conclusions en produisant un rapport minoritaire.

«Le mandat donné par l'administration Coderre était très restreint. On n'était pas obligés de rester dans ce mandat restreint, on aurait pu poser davantage de questions», déplore-t-il.

Il aurait voulu que la FPJQ et des experts soient rencontrés par la CSP afin d'éclaircir la situation.

«Dire que le mandat était restreint, c'est confirmer que le processus était vicié au départ, ajoute M. Giroux. C'est certain que la Commission aurait pu aller beaucoup plus loin.»

Anie Samson, responsable de la sécurité publique au comité exécutif de Montréal, s'est toutefois défendue en rappelant que la CSP n'a pas les mêmes pouvoirs qu'une commission d'enquête.

«L'objectif était de mieux comprendre quelles étaient les balises dans tout ce qui touche les enquêtes. On s'est sentis rassurés que demain matin, on ne peut pas téléphoner à la police en disant qu'on a un doute et leur demander de faire une enquête. Il faut aller voir un juge et il faut des faits», a-t-elle indiqué.

Mandats accordés

Le rapport de la CSP dévoile que 98,6 % des mandats présentés devant un juge sont accordés aux policiers. La CPS juge que c'est parce que toutes les conditions étaient remplies pour obtenir ces mandats et que cela prouve «la rigueur avec laquelle les enquêtes sont menées».

M. Norris, de son côté, s'inquiète plutôt d'un éventuel biais des juges, qui accorderaient trop facilement des mandats.

Définir les journalistes

La CSP souligne toutefois qu'il n'existe pas de définition légale du métier de journaliste et qu'une «protection particulière à l’égard des journalistes dans le cadre d’enquêtes policières nécessite une définition».

Elle souhaiterait donc, dans le cadre de la Commission d’enquête qui sera menée par Québec, «que les forces vives de la communauté journalistique soient appelées à contribuer à une définition légale de leur métier».

«Dans les recommandations, ils disent "C'est la faute des journalistes, si au moins vous étiez capables de vous définir." Voyons donc, c'est une façon de renverser le blâme», croit M. Giroux.

 

Nombre de mandats présentés et accordés

-2013: 2356 mandats; 99,2 % accordés

-2014: 2090 mandats, 98,8 % accordés

-2015: 2013 mandats, 98,3 % accordés

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