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Un avant-goût de l'ère Trump

David SANTA CRUZ | Agence France-Presse

L'annonce par le géant américain Ford qu'il renonce à la construction d'une usine au Mexique est la première décision majeure inspirée par la volonté protectionniste de Donald Trump à l'égard du voisin du Sud, à quelques jours de l'investiture du 45e président des États-Unis.

Bien que le PDG de Ford Mark Fields ait nié sur CNN avoir conclu un «accord avec le président élu», et ait assuré avoir «fait ce qui est bon pour nos affaires», l'impression est tout autre.

Car cette décision intervient au moment où Donald Trump, qui doit prêter serment le 20 janvier à Washington, accentue sa pression sur les grands groupes américains afin qu'ils rapatrient leurs usines aux États-Unis.

«Évidemment, ce n'est pas une bonne nouvelle pour nous», a déclaré le ministre mexicain de l'Economie Ildefonso Guajardo, prévenu mardi par Ford seulement quelques minutes avant l'annonce.

Selon M. Guajardo, la décision du constructeur américain est due à une diminution de la demande de véhicules légers, qui devaient être produits dans la future usine mexicaine, mais aussi à «sa situation particulière dans son dialogue avec la nouvelle administration».

Pendant la campagne, mi-septembre, le candidat populiste s'en était directement pris à Ford en affirmant qu'il «ne fallait pas laisser» le constructeur délocaliser ses usines au Mexique, où la main d'oeuvre est nettement moins coûteuse qu'aux États-Unis.

Il avait également menacé de sanctions douanières les voitures produites au Mexique et promis de renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), conclu avec le Mexique et le Canada et en vigueur depuis 1994. C'est principalement le Mexique, où de nombreuses usines américaines ont été délocalisées, qui est visé par le républicain.

Après la décision du groupe automobile américain, M. Trump a remercié Ford sur Twitter et prévenu que «ce n'était que le début».

Pertes d'emplois et de rentrées fiscales

Pour Juan Francisco Torres Landa, analyste du cabinet Hogan Lovells, il semblerait que la seule priorité de la future administration soit de «tenir sa promesse électorale d'empêcher les emplois de quitter les États-Unis».

Raymundo Tenorio, responsable du programme économie et finances de l'université privée Tecnologico de Monterrey, estime que la décision de Ford est un avant-goût de l'ère protectionniste sous M. Trump.

«Le gouvernement républicain et Donald Trump sont disposés à négocier toutes sortes d'incitations (fiscales) pour que les entreprises restent aux États-Unis» sans «sanctions», explique-t-il à l'AFP.

Deuxième groupe automobile américain, Ford a annulé sa décision, annoncée en avril, de construire une usine à San Luis Potosi, au centre du Mexique, où il devait créer 2.800 emplois directs et investir 1,6 milliard de dollars.

À la place, le groupe investira près de la moitié de cette somme (700 millions de dollars) pour augmenter les capacités de son usine de Flat Rock située dans le Michigan, un État du nord des États-Unis durement frappé par la désindustrialisation et où Donald Trump avait obtenu une victoire cruciale à la présidentielle.

Ford, présent au Mexique depuis 1925, maintiendra cependant en partie son projet de transférer la production de ses petites voitures au Mexique en faisant fabriquer son modèle Focus dans son usine existante de Hermosillo (nord-est) au lieu de la nouvelle initialement prévue à San Luis Potosi.

Outre ces créations d'emplois, le Mexique perd des rentrées fiscales tandis qu'une douzaine de fabricants de pièces détachées voient une part majeure de leur chiffre d'affaires partir en fumée, selon Raymundo Tenorio. Il rappelle que «75% de ces fournisseurs ne sont pas mexicains, mais asiatiques, européens et américains».

Pour le ministre mexicain de l'Économie, le cas Ford est «particulier» et il se dit prêt à négocier au plus vite avec l'administration Trump une «modernisation» de l'ALÉNA, comme le souhaite le président élu qui avait même évoqué pendant la campagne sa pure abrogation.

«Je ne vois pas de scénario dévastateur», assure l'analyste Torres Landa «car les mesures fondamentales d'efficacité et compétitivité restent les mêmes, indépendamment de ce que dit M. Trump».

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