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Québec veut être là si l’ALENA est renégocié

Martine Turenne | Argent

Le Québec veut être assis à la table de négociation advenant une réouverture de l’ALENA.

«Le gouvernement fédéral doit comprendre qu’être à la table de négociation dès le départ, s’il y a renégociation, est fondamental et important pour le Québec. Il a joué un rôle majeur dans l’entente de 1988», dit la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre. «Sans le Québec, il n’y aurait pas eu d’entente.»

La ministre St-Pierre s’adressait à son homologue fédéral, Chrystia Freeland, ministre du commerce international, de passage à Montréal jeudi afin de prendre la parole devant le Conseil de relations internationales de Montréal (CORIM).

La menace de réouverture de l’ALENA était à l’ordre du jour, à quelques semaines de l’investiture de Donald Trump comme président des États-Unis. «On regarde ça avec inquiétude, car beaucoup d’emplois dépendent de cet accord», dit Mme St-Pierre.

«Le Canada et les États-Unis ont une relation historique », a déclaré de son côté la ministre Freeland, et le libre-échange profite autant à un pays qu’à l’autre. «Neuf millions d’emplois en sont tributaires aux États-Unis. C’est la relation économique la plus proche et la plus importante dans le monde.»

Il est important que le Canada conserve une relation professionnelle avec la nouvelle administration Trump, dit la Chrystia Freeland. «Ce n’est pas une question de personnalités, mais de relations entre deux grands pays.»

Bien sûr, les Canadiens pensent davantage aux Américains que l’inverse, poursuit la ministre Freeland, étant dix fois moins nombreux. «Mais nos liens sont très équilibrés.»

Construire des ponts et non pas des murs

La ministre Freeland a par ailleurs fait l’éloge du Canada, dernier bastion d’ouverture dans un monde en proie au protectionnisme, au nationalisme, voire au populisme, a-t-elle dit, «des tendances très dangereuses ».

De tous les pays industrialisés, le Canada est le plus ouvert à l’immigration et aux échanges commerciaux, selon elle. «Le Canada est le meilleur endroit au monde où investir en ce moment. Nous voulons construire des ponts plutôt que des murs.»

L’année de l’élection de Donald Trump, a souligné Chrystia Freeland, le Canada a signé l’accord le plus important de son histoire, celui avec l’Union européenne et son marché de 600 millions de personnes. «Nous n’y sommes pas encore, car il manque l’approbation du Parlement européen. Mais nous sommes dans la bonne voie», soulignant au passage le rôle du Québec dans les dernières discussions avec les récalcitrants Wallons.

Le Canada entreprend par ailleurs en février des discussions exploratoires avec la Chine en vue d’un accord avec ce pays, et d’autres sont entamés avec les pays de l’Asie du Sud-est.

«Le Canada est un pays peu peuplé, mais il donne accès aux consommateurs du monde entier.»

Le fédéral a investi cet automne 218 millions$ dans le programme Investir au Canada, qui vante les attraits du pays pour les investisseurs.

Les discussions se poursuivent sur le bois d’œuvre

La ministre Freeland a des discussions constantes avec ses homologues américains sur la question du bois d’œuvre, et il y en avait même au programme ce jeudi même. «Ça a toujours été des discussions difficiles, admet-elle. Mais on continue de parler.»

Plus de 60 000 emplois sont en jeu dans le bois d’œuvre, «et ça nous préoccupe, dit la ministre Christine St-Pierre. Vous travaillez très fort, mais on a besoin de vous dans ce dossier».

Plus de 90% du bois d’œuvre est exporté aux États-Unis.

«Il faut mettre tous les efforts possibles pour que cet accord soit signé», a dit Luc Blanchette, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs. «On a toujours espoir à court ou moyen terme. On s’est conformé au nouveau régime forestier, en vigueur depuis 2013. La relation entre les deux pays est gagnant gagnant. Les entrepreneurs et les consommateurs américains veulent le prix de bois d’œuvre le plus faible possible. Et nous, comme industriel forestier, on veut s’assurer d’avoir accès à ce marché.»

Québec fait pression sur le fédéral pour s’assurer qu’il y aura des «cautionnements pour passer à travers cette période critique, si le litige n’est pas réglé», a dit le ministre Blanchette.

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