/finance/homepage

Le lait, un casse-tête chinois pour les dépanneurs

Agence QMI

Les dépanneurs chinois vont-ils cesser de vendre du lait dans leurs établissements, comme le menace leur association?

Le millier de membres de l’Association des dépanneurs chinois du Québec seraient en effet excédés des faibles marges de profit et surtout, de la décision de grandes laiteries de ne plus reprendre les litres invendus.

Depuis mai, les grandes laiteries ont en effet changé leurs règles, prétextant que certains détaillants faisaient mal leurs inventaires, explique Florent Gravel, président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec.

«Les laiteries disent : achetez selon vos besoins, car maintenant, on ne reprend plus vos invendus, c’est votre responsabilité. »

Gérer les stocks de lait relève de l’acrobatie, estime Yaping Xing, gérante du dépanneur Le Polyvalent, à Charlesbourg. Dans la région de la Capitale-Nationale, un établissement sur deux appartient désormais à un Asiatique.

«C’est devenu trop compliqué. Je dois préparer les commandes pour la semaine suivante avant de savoir combien j’ai vendu.» Or, dit-elle, le lait est un produit hautement imprévisible. «Une semaine, le litre de 2% est mon meilleur vendeur, mais l’autre semaine, c’est tranquille. C’est trop difficile d’avoir la commande exacte. On ne peut pas savoir d’avance, c’est trop changeant.»

Les clients choisissent les litres de lait avec les dates d’expiration les plus lointaines, c’est naturel, dit Anuran Chakma, propriétaire du Marché Lalime, dans le centre-ville de Montréal.

«Je sais que dès que la nouvelle commande arrive, je ne vends plus la précédente, même si la date d’expiration est toujours bonne. Les laiteries ne veulent plus les reprendre.»

Maigre profit

Cette gestion complexe des inventaires serait plus tolérable si les profits étaient à l’avenant.

Mais selon Florent Gravel, les hausses des prix du lait accordées par la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec durant la dernière décennie ont profité aux laiteries au détriment des commerçants.

«Il y a un prix minimum et maximum fixé par la Régie et c’est le même partout. La profitabilité n’est pas là, et elle se rétrécit. »

«Les profits sont très petits et la marge très faible, poursuit Anuran Chakma.

Ils se tirent dans le pied

Selon Florent Gravel, la décision de ne plus vendre de lait serait une «mauvaise stratégie » des épiciers. «Si le lait manque à ton dépanneur habituel, tu iras tout simplement ailleurs, dit-il. Le consommateur achète aussi du pain, des œufs... Il y a certains produits que tu ne peux pas te permettre de ne pas tenir. Ils vont se tirer dans le pied. »

C’est justement pour sa clientèle qu’Owen GaXiang, propriétaire du dépanneur Tina plus, sur la rue Ontario Est, ne songe pas à bannir le lait de ses étagères. «Ça serait mauvais pour moi et mes clients. Même si les marges sont minces, le lait fait venir les gens dans mon magasin.»

Par ailleurs, d’autres produits laitiers, comme la crème par exemple, dégage de très bonnes marges, autour de 20 %, dit-il.

Une Association peu connue

L’Association des dépanneurs chinois du Québec, dont le président, Shaoqiang Huang, était inconnue il y a peu. Elle est apparue pour la première fois sur la scène publique pour se faire entendre devant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec, peu avant Noël.

Les dépanneurs chinois rencontrés aujourd’hui ont dit ne jamais en avoir entendu parler. «Mais je dois faire partie de cette association, j’imagine », avoue Anuran Chakma.

Dans la même catégorie