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Des Iraniens et des Irakiens empêchés de prendre l'avion pour les États-Unis

Agence France-Presse

Des Iraniens et Irakiens ont été empêchés samedi de prendre des vols à destination des États-Unis quelques heures après la décision du président américain Donald Trump d'interdire l'arrivée de ressortissants de sept pays musulmans, d'où s'élèvent nombre de critiques.

Après la décision «insultante» des États-Unis, l'Iran a annoncé en soirée sa décision d'appliquer une mesure de réciprocité.

La Maison-Blanche a annoncé vendredi avoir interdit pendant trois mois l'arrivée de ressortissants de sept pays musulmans: Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.

Cette mesure, visant à lutter contre les «terroristes islamistes radicaux», a suscité l'inquiétude de l'ONU qui a demandé aux États-Unis de conserver sa tradition d'accueil.

Plusieurs associations de défense des droits civiques américaines ont attaqué samedi en justice le décret, après l'arrestation dans un aéroport de New York de deux Irakiens, dont un a été relâché.

Deux représentants démocrates de New York au Congrès, Jerry Nadler et Nydia Velasquez, étaient à l'aéroport JFK de New York pour essayer d'obtenir la libération des ressortissants retenus par la police en vertu du nouveau décret.

Après avoir obtenu la libération d'un ressortissant irakien ayant travaillé pour le gouvernement américain en début d'après-midi, M. Nadler a indiqué que lui et Mme Velasquez essayaient d'obtenir la libération de 10 autres ressortissants de ces pays retenus par les autorités.

Mais Mme Velasquez a précisé ensuite «ne pas savoir combien de personnes exactement sont détenues» ni «combien seraient actuellement à bord d'avions» en vol vers JFK.

En Iran, les médias ont rapporté samedi plusieurs cas d'Iraniens qui n'ont pas pu embarquer à destination des États-Unis. À Vienne, au moins trois Iraniens ont également été empêchés de partir, selon un porte-parole d'Austrian Airlines.

Des responsables d'agences de voyages de Téhéran ont affirmé avoir reçu des instructions d'Emirates, Turkish Airlines et Etihad Airways de ne plus vendre de billet à des Iraniens ayant un visa américain, car ces dernières refusent de les embarquer à bord.

Une Iranienne, étudiante en gestion en Californie, devait retourner le 4 février aux États-Unis. «J'avais un billet sur Turkish (Airlines) le 4 février prochain, mais il a été annulé», a-t-elle déclaré à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

L'Iran et les États-Unis n'ont plus de relations diplomatiques depuis plus de 37 ans, mais environ un million d'Iraniens vivent aux États-Unis, selon les estimations officielles iraniennes. De nombreux Iraniens se rendent également chaque année aux États-Unis pour voir leur famille.

Au Caire, un couple irakien et leurs deux enfants qui avaient réservé des billets sur un vol d'EgyptAir ont été informés qu'ils ne pouvaient pas embarquer en raison des nouvelles règles.

Fouad Charef, qui travaille dans le secteur pharmaceutique, a dû ainsi retourner à Erbil, au Kurdistan irakien. «J'ai vendu ma maison, ma voiture, mes meubles. Ma femme et moi avons quitté nos emplois», a-t-il raconté à l'AFP, alors que le couple devait s'installer au Tennessee, dans le sud des États-Unis, après avoir reçu un visa d'immigration.

«Donald Trump a ruiné ma vie», dit-il, affirmant qu'il avait mis, à une époque, sa «vie en danger pour travailler avec les Américains».

À Mossoul, dans le nord de l'Irak, des membres de l'armée irakienne combattant le groupe jihadiste État islamique (EI) et soutenue par la coalition internationale dirigée par les États-Unis confiaient ne pas comprendre pourquoi ils seraient empêchés d'aller aux États-Unis alors qu'eux mêmes luttent contre une organisation «terroriste».

«Cette décision a été prise, car il y a des groupes terroristes en Irak, mais il y a aussi des gens innocents», et parmi eux certains qui combattent les jihadistes, indique Assem Ayad, 23 ans, qui dit avoir trois cousins vivant au Texas, dans le sud des États-Unis.

Le décret ne concerne pas les ressortissants détenteurs de visas diplomatiques et officiels et qui travaillent pour des institutions internationales.

Et selon la compagnie Qatar Airways, les citoyens des sept pays concernés pourront embarquer vers les États-Unis s'ils possèdent un permis de résidence permanent.

En vertu du décret, les réfugiés syriens, qui ont fui par millions le conflit dans leur pays, et dont 18 000 ont été acceptés aux États-Unis depuis 2011, seront eux interdits d'entrée jusqu'à nouvel ordre.

Au Soudan, autre pays concerné par le décret, le ministère des Affaires étrangères a déploré que cette décision intervienne notamment après la levée «historique» de sanctions économiques américaines.

Le 13 janvier, l'ancien président américain Barack Obama avait annoncé la levée de certaines sanctions contre le Soudan, relevant des avancées «positives» ces six derniers mois de la part de Khartoum, qui avait été accusé par le passé par les États-Unis de soutenir des groupes islamistes armés.

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