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Le gouvernement britannique publie son «livre blanc»

Jacques Klopp | Agence France-Presse

Au lendemain d'un vote «historique» au Parlement, le gouvernement britannique publie jeudi sa stratégie sur le Brexit qui servira de feuille de route pour les négociations à venir avec les autres pays de l'Union européenne.

Ce «livre blanc», très attendu, «décrira le plan du gouvernement pour le Brexit», a expliqué la porte-parole de la première ministre Theresa May. «Il doit reprendre les grands axes du discours» prononcé par Mme May le 17 janvier où elle avait indiqué que le pays allait également quitter le marché unique.

Le gouvernement conservateur s'est longtemps refusé à publier sa feuille de route, Theresa May affirmant qu'elle avait été suffisamment explicite dans son discours en défendant une rupture «claire et nette» avec l'UE.

La première ministre a finalement cédé à la pression des députés qui réclamaient un tel document depuis la décision de la Cour suprême stipulant qu'ils doivent avoir leur mot à dire sur le déclenchement de la procédure de divorce.

Après plus de 17 heures de débats passionnés, les députés ont donné mercredi soir leur feu vert, par 498 voix contre 114, pour la poursuite de l'examen du projet de loi autorisant le gouvernement à activer l'article 50 du Traité de Lisbonne.

D'autres débats auront lieu la semaine prochaine mais le ministre conservateur des Affaires étrangères, Boris Johnson, a d'ores et déjà évoqué un «moment historique».

«Nous avons dépassé le point de non-retour. Nous allons quitter l'UE», a jubilé le député conservateur John Redwood, un eurosceptique de toujours.

«Décollage réussi!», titrait jeudi le tabloïd europhobe Daily Mail.

D'autres étaient moins optimistes. «Suicide», a crié le député travailliste Stephen Pound à l'annonce du résultat.

Même si plus des deux tiers des députés avaient fait campagne contre le Brexit, ce feu vert de la Chambre des Communes n'est pas une surprise. La majorité des parlementaires estimaient difficile de s'opposer à la volonté des électeurs, qui se sont prononcés à 52% pour une sortie de l'UE le 23 juin 2016.

A l'exception notable de l'ancien ministre europhile Ken Clarke, les députés conservateurs, majoritaires, ont ainsi tous approuvé le texte, même si ce fut parfois avec le «coeur très lourd» comme l'a avoué Anna Soubry.

Le résultat était d'autant plus prévisible que le parti travailliste, principal parti d'opposition, avait promis de ne pas bloquer le projet de loi.

Le Labour n'en reste pas moins profondément divisé sur la question. 47 de ses députés ont défié la ligne officielle du parti.

Le dirigeant du parti, Jeremy Corbyn, n'a pas encore annoncé comment il allait réagir à ce refus d'obéissance mais avait auparavant menacé d'exclure de fonctions de responsabilité au sein du parti tout député rebelle.

Trois membres du cabinet fantôme ont d'ores et déjà démissionné.

Les 54 représentants du parti national écossais SNP et les élus libéraux-démocrates ont également voté contre le texte.

L'examen du projet de loi se poursuit la semaine prochaine pendant trois journées de débats aux Communes, lundi, mardi et mercredi, qui se concluront par un nouveau vote.

Les députés vont étudier les centaines d'amendements déjà déposés. Ils s'intéresseront notamment au sort des trois millions de citoyens européens installés au Royaume-Uni, un point de crispation jusqu'au sein de la majorité.

Plusieurs députés conservateurs estiment qu'il est «inhumain» de ne pas garantir dès à présent les droits des citoyens européens présents sur le territoire. Theresa May s'est jusque-là refusée à le faire, cherchant d'abord à obtenir des garanties pour les Britanniques résidant dans d'autres pays de l'UE.

Jeremy Corbyn a également insisté sur la nécessité de ne «pas donner à Theresa May la main libre pour transformer le Royaume-Uni en paradis fiscal».

Après la Chambre des Communes, le projet de loi passera devant la chambre des Lords, avec une approbation attendue le 7 mars, avant d'être transmis à la reine pour assentiment final.

Theresa May s'est engagée, à la suite du référendum du 23 juin qui a décidé du Brexit, à lancer le divorce avec l'UE avant fin mars et compte bien tenir son calendrier.

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