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«J’ai passé les Fêtes à l’hôpital» - Jano Bergeron

Marie-Claude Doyle | Agence QMI

À travers son long combat contre la maladie, Jano Bergeron a pris conscience de l’importance de réaliser ce que la petite fille en elle voulait faire, écrire un roman. C’est avec «La voix du silence», un thriller psychologique, qu’elle fait ses premières armes en tant que romancière.

Au bout du fil, une Jano Bergeron énergique avec le sourire dans la voix. Dire qu’elle sortait d’un épisode où elle a dû être hospitalisée trois fois, depuis le mois d’octobre, pour des problèmes de système digestif!

Une remise en question

Ça fait 15 ans qu’elle se bat contre la maladie. «J’ai passé les fêtes à l’hôpital. Je commence à bien aller. Je suis tombée malade tout de suite après avoir terminé l’écriture de mon roman. Ç’a été grave. J’ai fait une crise et mon coeur a eu des dommages parce que mon système digestif ne digérait plus rien, même l’eau. On a dû changer ma médication. J’ai eu beaucoup d’effets secondaires. En sortant de l’hôpital, j’ai fait une infection et une inflammation du système digestif. La première hospitalisation a duré sept jours. La deuxième, une dizaine de jours et, dans le temps des Fêtes, j’ai passé un peu plus de deux semaines à l’hôpital. Je suis sortie le 3 janvier.

J’ai pris tout ce temps-là pour me reposer, pour réfléchir à mes capacités — à celles que j’ai et à celles que je n’ai plus —, à comment je veux vivre ma vie et de quelle façon je veux rejoindre les gens, car j’ai besoin de communiquer avec eux. C’est toute une remise en question parce que ma santé est vraiment précaire! Je dois surveiller tout le temps mon système digestif. Toute ma nourriture doit être cuite d’une certaine manière et la plupart des aliments doivent être réduits en purée. Ça m’oblige à rester chez moi. Je ne peux plus faire de spectacles, donner des conférences, parce que ma santé n’est pas fiable. Quand je tombe malade, je dois aussitôt me rendre à l’hôpital. Je n’ai plus beaucoup de vie sociale à cause de cela, alors je m’en crée une en rejoignant les gens... et je trouve que l’écriture est une façon extraordinaire d’y parvenir. J’écris aussi sur mon site jano.biz.»

Un rêve de petite fille

Elle fait preuve de résilience quand elle parle. «Les trois hospitalisations que je viens de vivre ont été le signal d’alarme pour me dire que je devais être aidée par des étrangers. Je l’ai accepté. Il y a des gens du CLSC qui viennent me voir à la maison pour m’aider à faire le ménage, à faire des commissions. Il y a aussi une infirmière.» Ses parents viennent aussi l’aider. «Chanter, c’est un rêve que j’ai réalisé et c’est merveilleux parce que je l’ai fait longtemps. Maintenant, je réalise un rêve encore plus vieux que la chanson. Je rêvais d’écrire avant de chanter. C’est comme si, quelque part, ma maladie m’a amenée à vraiment aller plus loin, à réaliser ce que voulait faire la petite fille.»

Jano Bergeron écrit depuis des années. «J’ai beaucoup d’histoires qui sont cachées dans des tiroirs et je me dis qu’un jour, je vais les ressortir et faire quelque chose avec ça. Écrire des chansons, ce n’était pas suffisant pour moi, pas assez de pages. (Rires) Quand j’ai écrit ma biographie («Autopsie de plusieurs vies» en 2015), j’étais décidée à continuer à écrire.» C’est une amie qui l’a conseillée de plancher sur son premier roman, «La voix du silence». Il s’agit d’un thriller psychologique qui porte sur l’histoire d’une religieuse ayant vécu avec une mère schizophrène et un père peu présent, et dont son fils, Gabriel, qui a été élevé par deux psychopathes, apprend des années plus tard qui est sa véritable mère par le journal intime que cette dernière a tenu. «La voix du silence», c’est parce qu’il y a plein de secrets qui sont cachés. Quand la religieuse décide de parler, elle raconte les choses à travers son journal, dans le silence, parce qu’elle n’ouvrira plus jamais sa bouche.»

Un suivi rigoureux en psychologie

Pour l’écriture de ce roman, Jano Bergeron a fait des recherches sur l’histoire de la psychologie au Québec et a travaillé en collaboration avec des psychologues, puis elle s’est inspirée de familles ancestrales au Saguenay−Lac-Saint-Jean. «C’est un roman qui touche à la maladie mentale. Pendant les années que j’ai fait des spectacles, j’ai chanté «Le parc Belmont». Je trouve que ç’a de l’allure que mon premier roman traite de la folie. J’ai joué la folie longtemps, alors c’était facile pour moi d’écrire là-dessus.»

D’autant plus qu’elle a vécu avec un pervers narcissique de qui elle s’est séparée il y a 13 ans. «Après ma séparation avec celui qui était un pervers narcissique, j’ai eu un suivi rigoureux en psychologie avec une spécialiste qui connaît les manipulateurs. C’est un travail qui m’a servi pour créer mon personnage. Tout le long de mes suivis, mes psychologues m’ont toujours dit que je serais une bonne psychologue parce que je comprends ce qui se passe dans la tête des gens. Je pense que c’est pour ça que je me suis lancée dans cette aventure-là. Je suis pas mal fière du résultat.» La romancière a même déjà trouvé l’idée de son prochain roman, qui sera un suspense.

À suivre.

Un extrait de «La voix du silence»

Des secrets enfouis révélés

C’est par le biais de son journal intime qu’Agnès révèle des secrets enfouis sur le passé de son fils, Gabriel. Jano Bergeron s’est assuré de garder le côté attachant de son personnage, une religieuse qui ne l’a pas eu facile dans la vie, tout en lui laissant une certaine retenue dans ses dires. L’extrait du livre qui suit met la table à de nombreuses révélations, alors qu’elle se confie à son fils, un jeune homme qui n’est pas une victime et qui fait preuve de résilience.

«Août 1988

À toi, Gabriel,

Si tu lis ceci, c’est que j’ai quitté ce monde. Tu ignores pourquoi tu es celui que je choisis pour ouvrir mon coeur et ma mémoire afin de révéler ce qui s’y cache depuis plus de vingt ans. Tu ne me connais pas, mais moi je te connais et je sais que, pour toi, tout prendra son sens à la lecture de ce récit. Tu y trouveras, j’en suis convaincue, les réponses aux nombreuses questions qui doivent te hanter depuis toujours. Car je les connais, ces questions. Et bien que les réponses aient pu être à ta portée, je suis la seule qui puisse te les donner sans tenter d’altérer la vérité.»

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