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EXCLUSIF | Le Québec doit «passer à l’offensive»

Agence QMI

Le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, considère que le Québec doit passer à l'offensive plutôt que de se concentrer sur le départ possible de sièges sociaux.

Dans une entrevue exclusive accordée à TVA Nouvelles, M. Sabia préfère parler d’innovation, de nouvelles entreprises et de l’économie du futur.

Q : Lorsque les sièges sociaux de fleurons québécois comme Rona et St-Hubert, la Caisse s’est retrouvée sur la touche, quelle serait votre stratégie si d’autres se retrouvaient dans la même position?

R : «Ce n’est pas la bonne question! L’essentiel pour bâtir un Québec prospère, pour créer les emplois pour nos jeunes, il faut passer à l’offensive. Ça, c’est la chose, de loin, la plus importante. Il faut mettre l’accent sur le développement des nouvelles entreprises, des nouveaux champions. [...] Pour gagner dans le monde actuellement, il faut dynamiser une économie, il faut bâtir une nouvelle économie, une économie digitale. Ça, c’est l’avenir du Québec.» 

Q : Mais, pour revenir à la question des sièges sociaux, si Jean Coutu, par exemple, faisait l’objet d’une offre d’achat hostile, qu’est-ce que la Caisse ferait?

R : «C’est une question hypothétique et je ne vais pas répondre à cette question, évidemment, parce que je ne veux pas dire aux marchés la façon dont la Caisse va jouer ses cartes.»

Q : Lors de l’élection de Donald Trump, vous avez émis un communiqué dans lequel on sentait une certaine inquiétude, que d’autres économistes ont aussi exprimée. On voit maintenant que les marchés boursiers n’ont jamais été aussi élevés, avez-vous été trop alarmiste?

R : «Non, et notre objectif n’était pas d’envoyer un message, disons, pour reprendre votre mot, «alarmiste», pas du tout. C’était une question de prudence. Parce que l’administration de M. Trump a dit beaucoup de choses, mais n’a pas encore fait beaucoup de choses. [...] Et, franchement, la question que vous soulevez est une question plus large à nos yeux. L’incertitude, c’est la chose la plus importante pour nous dans le monde. Ce n’est pas que l’économie mondiale va très mal, que la situation est très noire, pas nécessairement, pas du tout. C’est juste qu’il y a beaucoup, beaucoup d’incertitudes. On a l’exemple de qu’est-ce que sera l’avenir de la communauté européenne, qu’est-ce qui va arriver avec le Brexit, les élections en France, aux Pays-Bas, en Allemagne en 2017. L’impact du 19e congrès du parti communiste à l’automne en Chine. La question de la frontière du sud en Europe, cette tragédie des réfugiés. Le monde est plein d’incertitudes, c’est la raison pour laquelle pour nous, ça demande une certaine prudence.»

Q : Donc, dans le contexte actuel qui demande de la prudence, qu’y a-t-il à faire?

R : «Il faut gérer les actifs et les épargnes des Québécois de la bonne façon face à ces incertitudes. Nous avons développé [...], nous avons mis en vigueur à la Caisse un changement important à notre stratégie d’investissement parce que notre objectif est de bâtir un portefeuille tout-terrain, un portefeuille capable de livrer un niveau de rendement raisonnable, plus stable face à un monde plein d’incertitudes.»

Q : Comment réagir par ailleurs à la montée du protectionnisme qui semble s’opérer en ce moment?

R : «Cette question est hautement importante, parce que, depuis 30 ans, 40 ans, 50 ans, la structure, dans le monde, de libre-échange, une structure de libre-échange, est quelque chose qui a contribué de façon importante à la croissance économique, mondialement. Maintenant, si à cause du populisme ou d’autres choses sur le plan politique, maintenant, si on commence avec des éléments ou le début d’une autre structure, une structure plus protectionniste, ça représente selon nous, et selon moi, une menace assez importante contre la croissance économique mondiale, qui est déjà assez faible.»

Q : Pour le Québec, où est la solution?

R : Il est important de reconnaître que, sur le plan économique, les choses vont assez bien au Québec. [...] Selon moi, au Québec, il faut passer à l’offensive: d’abord, il faut augmenter notre accent sur l’importance de l’innovation, pour appuyer la croissance et le développement des nouvelles entreprises; ensuite, il faut mettre l’accent sur les secteurs qui ont le potentiel de gagner sur les marchés mondiaux. Exemple, notre secteur agroalimentaire, le secteur des sciences de la vie; et, numéro 3, c’est toute la question de l’exportation. Il faut augmenter, il faut accélérer le rythme de croissance de nos exportations, oui aux États-Unis, mais également de diversifier les marchés pour chercher des occasions, soit en Asie, soit en Europe.»

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