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Un faux autochtone honoré?

Michel Jean | TVA Nouvelles

La nomination de Jean Jolicoeur au Prix Gilles Rhéaume du Patriote de l'année par le Rassemblement pour un pays souverain soulève la colère des Premières Nations du Québec.

Le Parti québécois (PQ) a annoncé fièrement la nouvelle à ses membres par courriels récemment.

Comme le thème cette année est les autochtones, le lauréat a été choisi parce que «Monsieur Jolicoeur est un chef autochtone et un militant indépendantiste».

Jean Jolicoeur se présente comme ex-chef de la Communauté Tea8eakenrat de Kanesatake, de 1992 à 2010.

«L’Alliance autochtone est une organisation qui accepte n'importe qui comme membre», affirme Steve Bonspille, l’ancien chef mohawk de Kanesatake.

M. Bonspille connaît bien Jean Jolicoeur, un ancien résident d’Oka, qui a été son voisin.

«Il n’a jamais été un chef pour la communauté de Kanesatake. Il n’est même pas mohawk. Ce n’est pas un membre de ma communauté.»

Steven Bonspille n’est pas le seul que la nomination irrite.

Le grand chef des Premièrs Nations pour le Québec, Ghislain Picard estime lui aussi que c’est une erreur.

«Les membres des Premières Nations ont le droit de décider qui sont leurs membres», dit-il.

L'anthropologue wendat Isabelle Picard a écrit à Jean-François Lisée pour dénoncer la nomination de Jean Jolicoeur.

Dans sa lettre, dont TVA Nouvelles a obtenu copie, elle rappelle elle aussi que Jean Jolicoeur n’est pas un autochtone contrairement à ce que prétend le document diffusé par le PQ à ses membres.

«Il est par contre membre de l’Alliance autochtone du Québec (AAQ) et d’autres organisations du genre, affirme-t-elle, organisations formées de non-Autochtones qui se disent avoir une fierté et une ascendance amérindienne sans en préciser le degré, et je le précise à nouveau, sans statut. L’AAQ émet des cartes de membres qui n’ont rien à voir avec les cartes de statut indien officiel et qui leur ressemble à s’y méprendre pour qui ne s’y connaît pas. Monsieur Jolicoeur a vécu sur la municipalité d’Oka pendant plusieurs années, mais pas sur le territoire de Kanesatake. »

Mme Picard n’a reçu qu’un simple accusé de réception de la part du bureau du chef Jean-François Lisée.

«C'est un peu une claque en pleine face honnêtement. Je ne peux pas croire qu’il n’y a pas d’autre autochtone qui aurait pu recevoir ce prix-là, qui a vécu la réalité des autochtones. Moi j’ai des noms en tête», affirme-t-elle.

Le Rassemblement pour un pays souverain affirme avoir remis le prix à monsieur Jolicoeur, tout en sachant que cela créerait de la controverse.

«On savait qu’il y aurait une réaction de la part des officiels, des leaders reconnus selon la loi de 1876 mais vous savez, c'est une loi qui ne fait pas l'unanimité. Le Rassemblement considère que le lauréat du prix Gilles Rhéaume, est un autochtone, quoiqu’en disent les membres des Premières Nations.»

Une farce

Steven Bonspille ne comprend pas pourquoi le mouvement indépendantiste, qui dit vouloir un rapprochement avec les Premières Nations, agit ainsi.

«C’est une farce», dit-il. «Je ne vois pas ce qu’ils espèrent prouver en faisant cela.»