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Crise au SPVM: «Ça sent la pourriture»

TVA Nouvelles

J.E. a frappé un grand coup en présentant, mardi soir à TVA, le témoignage d’ex-policiers montréalais qui révélaient que le deuxième plus grand service de police municipal au pays fabrique de la preuve dans le but de faire taire ses employés.

«Mon Dieu, que ça sent mauvais toute cette affaire-là, de la vraie pourriture. On voit ça trop souvent dans nos corps policiers», déplore Luc Lavoie, analyste à l’émission «La Joute», évoquant au passage la commission Poitras, qui s’était penchée dans les années 1990 sur la Sûreté du Québec et une affaire semblable de fabrication de preuves et de règlement de comptes à l’interne.

Avec cette autre tuile qui s’abat sur le SPVM, Bernard Drainville parle d’une véritable crise de confiance à l’endroit des institutions. «On ne sait plus à qui faire confiance et là, ça s’accumule. Il y a eu l’affaire Roberge, l’affaire Davidson, et maintenant, [le reporter de TVA Félix Séguin] nous dit que c’est une guerre entre deux clans. Y a-t-il quelqu’un pour dire : on va mettre une personne au-dessus des deux gangs et on ne va en former qu’une seule.

«Actuellement, le citoyen paye et il ne sait plus qui croire. C’est sûr que les gens qui nous écoutent perdent confiance», soutient-il.

Les allégations sont à ce point sérieuses que la Sûreté du Québec a annoncé dès aujourd’hui la mise en place de quatre mesures spéciales, du presque jamais vu, pour enquêter sur le dossier. L’une de ces mesures sera le déploiement d’une équipe indépendante de policiers dédiés uniquement à ce dossier.

Pour Luc Lavoie, les autorités n’avaient pas vraiment d’autres choix devant l’ampleur de la crise. «Au ministère de la Sécurité publique, par exemple, ils vont vous dire que le Bureau d’enquête indépendant (BEI), qui est assez récent, tient à avoir recours à l’expertise très pointue des enquêteurs de la SQ spécialisés dans le crime organisé, et ça, tu ne trouves pas ça au BEI.»

Mesures suffisantes?

Mais les mesures annoncées seront-elles suffisantes? Puisque quatre organisations relativement indépendantes travailleront de concert les unes avec les autres, Luc Lavoie doute fort qu’il y ait des dérapages sur le plan de la crédibilité.

Donc, pas de «coups fourrés» en perspective? Bernard Drainville est loin d’en être convaincu. «Tu sais, Luc, des coups fourrés, il y en a eu pas mal au cours des dernières années. D’emblée, je ne suis pas à l’aise avec la police qui enquête sur la police.

«Si on veut croire les conclusions de l’enquête, il faut d’abord que la crédibilité de ceux qui enquêtent soit avérée, poursuit M. Drainville. Et moi, c’est bien de valeur, mais le chef de police de Montréal qui appelle le DG de la Sûreté, hier, et qui lui dit: "Eh, mon Prudhomme, j’aimerais ça que tu viennes enquêter sur mes affaires internes". Je n’aime pas ça.»

Chose certaine, la tenue d’une autre commission d’enquête n’est pas la solution, croient les deux analystes de «La Joute». Et ce, même si les policiers ont une tendance naturelle à faire preuve de solidarité entre eux, note Luc Lavoie, avec «diplomatie», lui fait remarquer son acolyte Drainville.

Mais pour éviter d’autres crises semblables au sein des corps policiers, la solution à long terme passe par un changement de culture, estime Luc Lavoie. «C’est tout un mandat. Et il va peut-être falloir penser à changer des gens en place au sommet.»

«J’ai l’impression que nous sommes dans une lutte de pouvoir permanente et que ce sont les citoyens qui en font les frais», conclut Bernard Drainville.

Voyez dans la vidéo ci-dessus un extrait de l’émission «La Joute».

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