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Le passé criminel des journalistes scruté à la loupe?

Les journalistes couvrant l’actualité politique fédérale refusent de se soumettre à la prise de leurs empreintes digitales par la GRC, comme veut l’imposer la sécurité du Parlement.

Les responsables de la Chambre des communes souhaitent donner le pouvoir au corps de police de se servir de ces informations pour vérifier les antécédents criminels des nouveaux membres de la Tribune de la presse parlementaire canadienne.

Les nouvelles exigences de sécurité ont soulevé de nombreuses inquiétudes, vendredi, à l’occasion de l’assemblée annuelle de la Tribune.

«Les journalistes n’ont jamais posé de risque pour la sécurité, bien au contraire», a lancé sa nouvelle présidente, Tonda MacCharles.

Actuellement, l’organisme comptant 320 membres a l’entière responsabilité de déterminer quel journaliste peut avoir librement accès au Parlement.

L’idée de partager ce pouvoir avec des fonctionnaires est vue d’un très mauvais oeil par le vice-président de la Tribune, Philippe-Vincent Foisy.

«Il est important de conserver notre indépendance, a-t-il tranché. Nous ne connaissons pas les raisons qui pourraient éventuellement être invoquées pour bloquer l’accès à certaines personnes.»

Le contrôle obligatoire renforcé s’appliquerait aussi, dès le printemps, à tous les futurs employés de la Chambre des communes, y compris les assistants des députés.

Les journalistes déjà accrédités, les députés et les sénateurs, seraient quant à eux exemptés.

Une porte-parole de l’Administration de la Chambre des communes a souligné que des discussions sont toujours en cours et que le plan pour rehausser la sécurité n’est pas encore établi.

L’objectif, selon Heather Bradley, est d’atteindre «un équilibre approprié entre la sécurité et l’accès aux sites parlementaires».

«La sécurité de tous est la priorité absolue», a toutefois précisé la porte-parole.

Ironiquement, cette entrave potentielle à la liberté de la presse survient alors que s’amorçait cette semaine à Québec la Commission d’enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques.

Pendant ce temps, à Washington, le président Donald Trump allait encore beaucoup plus loin, vendredi, en bloquant carrément l’accès au point de presse quotidien donné par la Maison-Blanche à de grands médias américains, dont CNN, le Washington Post et le New York Times.

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice s'est dit «mal à l’aise» avec l’imposition de mesures de sécurité plus serrées aux journalistes et au personnel politique.

«Je ça trouve ça inquiétant, a dit M. Boulerice. Il y a déjà des cas de journalistes qui ont été espionnés, mis sous surveillance, alors on n’est pas à l’aise du tout avec ce genre de mesures. Et il faudrait pouvoir le justifier. Ce qui n’est pas le cas.»

Les exigences supplémentaires en matière de sécurité pour tous les nouveaux employés du Parlement font suite à une étude réalisée après l’attentat d’Ottawa, survenu en octobre 2014.

Le député conservateur Pierre Paul-Hus n’a pas souhaité commenter directement les nouvelles mesures. Il se dit toutefois en faveur, en principe, au rehaussement de la sécurité au Parlement.

Précisant qu’il ne s’agit pas d’une initiative du gouvernement, le bureau du premier ministre Justin Trudeau a souligné l’importance de défendre la liberté de la presse.

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