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Cinq à dix ans pour faire le ménage au SPVM

Améli Pineda | Agence QMI

Consultez le plan d'action du SPVM

Faire le ménage et changer la culture au SPVM prendra au minimum de cinq à dix ans, dit le directeur Philippe Pichet dans son plan d’action rendu public vendredi matin.

Le directeur Pichet propose au total 38 actions pour «revirer le paquebot du bon bord».

Il veut notamment développer des mesures pour que dorénavant les gestionnaires soient informés des cas de parjure par leur personnel et mettre au point des moyens de détecter et dénoncer les situations de fabrication de preuve.

M. Pichet veut aussi mettre en place une procédure pour que l’interception des communications d’un journaliste, d’un avocat, d’un élu ou d’un notaire fasse l’objet d’un rapport immédiat.

«Le SPVM mise sur la pérennité des actions qui auront une réelle incidence sur le changement de culture souhaité», souligne le directeur Pichet.

Le changement de culture, qui de son propre aveu cause des «frustrations» au sein de la police pourrait prendre jusqu’à dix ans à s’opérer confie M. Pichet.

«Il est notoire que pour rentabiliser le changement de culture, quelque cinq à dix ans sont minimalement nécessaires.»

Le plan d’action de quatre pages a été commandé en février dernier par le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, dans la foulée de la saga entourant la fabrication de preuves à l’intérieur du corps policier. La section des Affaires internes du SPVM avait été particulièrement visée.

Le gouvernement du Québec a aussi déclenché une enquête administrative sur la police de Montréal, à la suite des révélations de notre Bureau d'enquête et de l'émission «J.E.» sur des allégations de fabrication de preuves au SPVM.

Voici les recommandations principales du rapport :

- Mettre en place des mesures afin que les gestionnaires soient informés des cas de parjure par leur personnel et faire le suivi qui s’impose;

- Développer des moyens de détecter et dénoncer des situations de fabrication de la preuve par une gestion proactive et performante;

- Mettre en place une procédure afin que l’interception des communications d’un avocat, notaire, juge, élu ou journaliste fasse l’objet d’un rapport immédiat au directeur du SPVM;

- Réviser le code de discipline «qui ne tient plus compte de la réalité d’aujourd’hui;

- Limiter le mandat des enquêteurs de la Division des affaires interne à deux ans.

Chronologie de la crise

21 février

L’émission «J.E.» et notre Bureau d’enquête rapportent les témoignages de deux anciens hauts gradés, Jimmy Cacchione et Giovanni Di Feo, ainsi que celui de l’ex-enquêteur Roger Larivière, qui affirment que la Division des affaires internes du SPVM a fabriqué des preuves contre eux pour les faire taire. Le soir même, le chef Philippe Pichet, se disant préoccupé par ces «faits troublants», demande à la Sûreté du Québec d’enquêter.

22 février

Un quatrième ex-policier du SPVM, Pietro Poletti, déclare à notre Bureau d’enquête qu’il a été victime des mêmes tactiques des affaires internes.

23 février

Le «Journal de Montréal» révèle que la SQ entend également enquêter sur des allégations voulant que des policiers du SPVM aient touché des pots-de-vin du crime organisé.

24 février

Selon un sondage Léger-TVA-«Le Journal», 81 % des Montréalais pensent que le gouvernement devrait déclencher une enquête indépendante sur le SPVM. Le jour même, le ministre Martin Coiteux annonce que «plusieurs autres cas» problématiques ont été signalés à la SQ, l’incitant à élargir la portée de l’enquête en cours et à demander l’assistance de plusieurs autres corps policiers, ainsi qu’à la directrice du Bureau des enquêtes indépendantes, Madeleine Giauque. Il demande aussi au chef Pichet de lui produire un plan d’action visant à remédier à la situation.

25 février

Le directeur Pichet convoque l’ensemble de ses cadres à une rencontre et réitère publiquement sa collaboration à l’enquête.

28 février

Par «souci de transparence», le chef Pichet demande le transfert à la SQ de toutes les enquêtes criminelles déjà en cours aux affaires internes du SPVM, ainsi que celles à venir, jusqu’à nouvel ordre. Interrogé à Québec, le ministre Coiteux refuse publiquement de donner un vote de confiance à M. Pichet.

2 mars

Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, déclare à l’animateur Paul Arcand que le chef Pichet sait depuis plusieurs mois que de graves allégations criminelles pèseraient sur certains membres de son état-major, notamment pour corruption, trafic d’influence et fréquentations douteuses liées à la mafia. Il déplore que ces cas aient été étouffés par les affaires internes qui auraient monté de «fausses allégations» pour s’attaquer aux policiers qui ont dénoncé ces cadres.

3 mars

Le «Journal de Montréal» rapporte qu’une conversation entre un influent mafioso et son avocat, enregistrée par des policiers en 2015, suggère que des policiers du SPVM seraient payés par le crime organisé italien. Le ministre Coiteux demande à la population de faire preuve de patience et annonce la nomination du commissaire Michel Bouchard pour piloter une enquête administrative sur les pratiques au SPVM. En début d’après-midi, le chef du SPVM suspend son directeur adjoint Bernard Lamothe jusqu’à nouvel ordre, en raison de nouvelles allégations potentiellement criminelles faisant l’objet d’une enquête par la SQ.

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