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Projet de résolution devant le Conseil de sécurité de l'ONU

Agence France-Presse

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont présenté mardi soir un projet de résolution condamnant l'attaque chimique en Syrie et appelant à une enquête complète et rapide, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU.

Le texte, obtenu par l'AFP, appelle l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) à présenter rapidement ses conclusions sur l'attaque qui a fait mardi au moins 58 morts et 170 blessés à Khan Cheikhoun, petite ville de la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, en zone rebelle.

Le projet a été distribué aux quinze membres du Conseil à la veille de la réunion d'urgence demandée par Paris et Londres à la suite de l'attaque.

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni entendent mettre cette résolution au vote pendant cette session de mercredi à New York, mais la position de la Russie restait mardi soir inconnue, ont indiqué des diplomates.

Le texte demande également à la Syrie de fournir les plans de vol et toute information sur des opérations militaires au moment de l'attaque.

Enfin, il menace d'imposer des sanctions en vertu du chapitre 7 de la charte des Nations unies.

Moscou et Pékin avaient mis leur veto en février à une résolution du Conseil de sécurité qui aurait imposé des sanctions à Damas, déjà accusée d'avoir perpétré une attaque à l'arme chimique sur des villages syriens en 2014 et 2015.

«Il s'agit manifestement d'un crime de guerre», a déclaré l'ambassadeur britannique à l'ONU, Matthew Rycroft. «J'en appelle aux membres du Conseil de sécurité qui ont par le passé utilisé leur veto pour défendre l'indéfendable afin qu'ils changent de cap», a-t-il ajouté.

Le porte-parole de l'ONU, Stephane Dujarric, a pour sa part qualifié les informations sur le bombardement «d'extrêmement inquiétantes et choquantes».

L'attaque chimique présumée a provoqué une vague d'indignation internationale, Washington, Paris et Londres pointant du doigt le régime de Bachar al-Assad, qui a démenti «catégoriquement» toute implication et accusé les insurgés d'être responsables de la tragédie.

«Nous avons entendu des bombardements (...) Nous avons accouru dans les maisons et il y avait des familles mortes dans leurs lits. On a vu des enfants, des femmes et des hommes morts dans les rues», a raconté à l'AFP un témoin, Abou Moustapha.

Des vidéos de militants antirégime ont montré des corps sans vie sur la chaussée, d'autres pris de spasmes et de crises de suffocation.

Les victimes «ont les pupilles dilatées, des convulsions, de la mousse sortant de la bouche», a expliqué Hazem Chahwane, un secouriste interviewé par l'AFP dans l'un des hôpitaux de la ville.

Au moins 19 enfants et 13 femmes figurent parmi les 58 morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Il s'agit de «la deuxième attaque chimique la plus meurtrière du conflit en Syrie» après celle ayant fait plus de 1.400 morts en 2013 près de Damas, a précisé cette ONG, qui n'était pas en mesure de déterminer la nature du gaz toxique utilisé.

L'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie Staffan de Mistura a déclaré que l'ONU allait chercher à «clairement identifier les responsabilités» et à faire «rendre des comptes» aux auteurs de cette attaque «chimique».

Réagissant en fin de journée, l'armée syrienne a démenti «catégoriquement avoir utilisé toute substance chimique ou toxique à Khan Cheikhoun», dans un communiqué publié par l'agence officielle Sana.

«Les groupes terroristes (NDLR les insurgés) et ceux qui les soutiennent sont responsables d'avoir utilisé des substances chimiques et toxiques et d'avoir été négligents avec les vies de civils innocents», a-t-elle ajouté.

Malgré de multiples accusations, le gouvernement syrien a toujours démenti utiliser des armes chimiques depuis le début en 2011 de la guerre, qui a déjà fait plus de 320 000 morts.

Il a ratifié la Convention sur l'interdiction des armes chimiques en 2013 mais l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a récemment indiqué enquêter sur plusieurs attaques présumées au gaz toxique commises depuis le début de l'année.

Principal soutien du régime, l'armée russe a affirmé n'avoir mené aucun raid aérien dans la zone de Khan Cheikhoun.

Mais pour l'opposition syrienne, il ne fait pas de doute que le régime de Damas a utilisé des «obus contenant du gaz chimique». Ce «crime horrible» rappelle l'attaque de l'été 2013 que la communauté internationale avait «laissé impunie», a-t-elle dénoncé.

Des groupes rebelles syriens, dont l'ex-branche d'Al-Qaïda, ont promis de venger les victimes de l'attaque sur Khan Cheikhoun.

Le secrétaire d'État américain Rex Tillerson a prévenu que le président Assad devait rendre des comptes pour les attaques chimiques de son régime.

Pour le président français François Hollande, «une fois encore le régime syrien va nier l'évidence de sa responsabilité dans ce massacre».