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340 cadres ont touché 5 millions $ en prime au rendement

Guillaume St-Pierre | Agence QMI

Les 5 millions $ de bonis partagés par 340 cadres du département qui supervisent le système de paye Phénix du gouvernement fédéral ne passent pas. Partis d’opposition, syndicats et fonctionnaires s’en sont tour à tour «scandalisés», mercredi.

«Ce n’est pas juste qu’ils reçoivent des bonis alors que le système ne fonctionne pas comme il devrait», a tranché une victime de Phénix, Garry Callaghan.

«En même temps, ce n’est pas la première fois que de hauts fonctionnaires reçoivent des primes pour avoir échoué», a-t-il ajouté, vaguement «cynique», du haut de ses 34 années d’expérience dans la fonction publique fédérale.

M. Callaghan tente depuis août dernier de rembourser le trop payé que lui a versé son employeur, le ministère de la Justice. À ce jour, il a été incapable de formuler une plainte de vive voix à un expert du centre de traitement de la paye.

Du coup, il n’a toujours pas reçu un T4 valide et rien n’indique qu’il sera en mesure de remplir correctement sa déclaration de revenus alors que la saison des impôts bat son plein.

Des documents déposés en Chambre ont permis de connaître l’ampleur des primes de rendement offertes aux gestionnaires de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) l’an dernier.

La sous-ministre de SPAC, Marie Lemay, a été incapable de préciser combien de cadres ayant travaillé de près ou de loin sur le système de paye Phénix ont reçu une prime.

Elle a toutefois laissé entendre qu’ils étaient sans doute nombreux à avoir «touché à la transformation de la paye, que ce soit Phénix directement, ou autre chose».

«Soyez assurés qu’on a regardé chaque évaluation de rendement, et les gens ont eu ce qu’ils méritaient pour l’année», s’est-elle par la suite défendu.

La moyenne des montants offerts s’élève à 14 000 $.

Plus d’un an de ratés

La mise en oeuvre du système de paye Phénix a connu une série d’importants ratés depuis son implantation en février 2016.

Quelque 86 000 fonctionnaires, sur 300 000, ont éprouvé des problèmes de paye.

Les employés touchés ont parfois été trop payés, sous-payés ou même carrément privés de salaire pendant des mois.

Aux Communes, conservateurs et néodémocrates ont unanimement déploré le versement des bonis, allant même jusqu’à tracer un parallèle avec la hausse vertigineuse de la rémunération des grands patrons de Bombardier.

«Je pense que le public a le droit le plus strict d’être scandalisé qu’on soit en train de payer des bonis à des gens qui sont responsables du plus important cafouillage administratif dans l’histoire du gouvernement du Canada», a lâché le chef du NPD Thomas Mulcair.

Son adversaire conservateur, Alupa Clarke, n’a pas été plus tendre envers le gouvernement, qualifiant de «très grave» que les «contribuables doivent payer des bonis à des bureaucrates qui ont mal fait leur travail».

Même son de cloche chez un important syndicat, pour qui les primes représentent une «utilisation abusive de l’argent des contribuables canadiens».

«Apprendre que des cadres associés au système de paye Phénix auraient reçu une rémunération pour bon rendement me fâche terriblement», a commenté Debi Daviau, la présidente de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC).

Le député libéral Steven Mackinnon s’est porté à la défense du ministère, en insistant sur l’importance de «respecter les ententes» de performance avec les cadres.

Ironiquement, les cadres ont reçu leurs bonis en décembre plutôt que pendant l’été, en raison des déboires du système Phénix.

Pour leur part, une poignée de hauts fonctionnaires, les supérieurs des 340 cadres visés, ne recevra quant à elle aucune prime jusqu’à ce que lumière soit faite sur les causes du fiasco, s’est défendu Marie Lemay en point de presse.

Un rapport à cet effet est attendu cet été.

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