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Les affaires visant Marine Le Pen de retour dans la campagne

Éloi Royer et Nathalie Alonso | AFP

À neuf jours du premier tour de l'élection présidentielle française, la levée d'immunité parlementaire de la candidate d'extrême droite Marine Le Pen demandée par la justice au Parlement européen replace les affaires au coeur d'une campagne à l'issue très incertaine.

La dirigeante du Front national, donnée par les sondages qualifiés pour le second tour du 7 mai, est visée par une enquête portant sur un système d'emplois fictifs destiné à rémunérer certains de ses collaborateurs grâce à des fonds publics de l'Union européenne.

Mme Le Pen, 48 ans, avait refusé le 10 mars de se rendre à une convocation des juges en vue d'une possible inculpation dans le cadre de cette affaire, invoquant justement son immunité d'eurodéputée.

L'impact de cette enquête en pleine course à la succession du socialiste François Hollande est resté limité, la candidate demeurant dans le duo de tête des intentions de vote pour le premier tour le 23 avril.

Interrogée vendredi sur la radio FranceInfo, Marine Le Pen a relativisé la demande de levée d'immunité parlementaire des juges : «c'est normal, c'est la procédure tout à fait classique, je ne suis pas étonnée», a-t-elle dit.

Son avocat Rodolphe Bosselut s'en est en revanche «étonné» auprès de l'AFP, «puisqu'il y avait l'engagement pris par Marine Le Pen de se présenter devant les juges après les législatives (en juin), sous réserve des résultats de l'élection présidentielle».

«Les magistrats instructeurs ont tiré toutes les conséquences qui s'imposaient de la décision de Marine Le Pen de ne pas répondre à leur convocation», a déclaré à l'AFP Patrick Maisonneuve, avocat du Parlement européen, qui s'est constitué partie civile. «Il va falloir qu'elle réponde à un moment ou un autre des indices graves ou concordants recueillis par les magistrats.»

Fait inédit en France, cette campagne présidentielle est depuis des mois marquée par les affaires qui ont relégué au second plan les débats. Le candidat conservateur François Fillon a ainsi été inculpé en mars, notamment pour détournement de fonds, dans le cadre d'une enquête sur des soupçons d'emplois fictifs accordés à sa famille.

Depuis les révélations sur ces soupçons d'emplois fictifs, M. Fillon a perdu son statut de favori.

Les sondages actuels placent dans un mouchoir de poche quatre candidats : d'abord Marine Le Pen au coude-à-coude avec le centriste Emmanuel Macron, puis leurs deux poursuivants, François Fillon et le tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, en pleine ascension.

La demande de levée d'immunité de Mme Le Pen, envoyée fin mars, ne devrait pas aboutir avant plusieurs mois, en raison d'un long parcours procédural et des délais de traitement au sein du Parlement européen : en 2016, l'examen de la quinzaine de demandes du même ordre reçues avait pris entre quatre et huit mois.

Contrairement à ce qui se passe avec un justiciable ordinaire, les juges d'instruction n'ont pas la possibilité de contraindre la députée européenne à se présenter devant eux. Pour toute mesure de coercition, ils doivent d'abord obtenir la levée de son immunité.

Ce statut singulier a valu à Mme Le Pen une virulente attaque de l'un des onze candidats à la présidentielle. Philippe Poutou, du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), a ainsi dénoncé au cours d'un débat télévisé l'hypocrisie d'une candidate se disant contre le «système», mais n'hésitant pas à utiliser les armes du dit «système» pour refuser de se soumettre à la justice.

«Quand on est convoqués par la police, nous n'avons pas d'immunité ouvrière, on y va !», avait lancé le candidat, laissant Mme Le Pen sans voix.

Les déboires judiciaires de Mme Le Pen ont cependant suscité moins d'écho que ceux de François Fillon, dont les péripéties judiciaires ont rythmé la campagne dès fin janvier.

Dans la dernière ligne droite, les candidats redoublent d'efforts pour faire la différence, d'autant que le nombre des indécis reste très élevé - un Français sur trois environ n'a pas encore décidé pour qui voter - et que, selon une enquête Ifop, seuls 68% des inscrits se disent certains d'aller voter.

Le dernier week-end de campagne va ainsi être marqué par des meetings destinés à marquer les esprits. Emmanuel Macron et Marine Le Pen doivent notamment réunir leurs soutiens dans de grandes salles parisiennes.

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