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Le Pen durcit le ton dans la dernière ligne droite

Daphné Benoit | Agence France-Presse

La chef de l'extrême droite française Marine Le Pen, en léger recul dans les sondages à quatre jours du premier tour de la présidentielle, durcit son discours sécuritaire et anti-immigration au moment où un attentat présumé «imminent» a été déjoué.

Donnée qualifiée au second tour du scrutin par toutes les enquêtes d'opinion depuis des mois, la candidate anti-immigration et anti-euro connaît ces derniers jours un tassement dans les sondages, tout comme l'autre favori, le centriste pro-européen Emmanuel Macron - tous deux autour de 23% des intentions de vote.

Le conservateur François Fillon, longtemps plombé par ses ennuis judiciaires, et le champion de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon les talonnent de près (presque à 20%).

Un sprint final d'autant plus serré que l'abstention risque d'être élevée et que près de 30% des électeurs affirment ne toujours pas savoir pour qui voter dimanche.

Largement distancé par ses principaux concurrents, le candidat socialiste Benoît Hamon a réuni selon lui 20 000 personnes à Paris mercredi soir au cri de «réveillez-vous».

Il a fustigé Marine Le Pen, représentante selon lui d'une «extrême droite dont les idées tuent, qui forme un couple infernal avec l'intégrisme religieux, avec le terrorisme islamiste». Et François Fillon, «châtelain qu'aucune honte n'arrête» qui explique que «l'injustice est une fatalité.

Marine Le Pen mise tout, dans la dernière ligne droite de la campagne, sur les thèmes de prédilection de son parti Front national (FN) pour remobiliser son camp: immigration, identité et sécurité.

Mercredi soir, lors d'un rassemblement dans le port méditerranéen de Marseille (sud), où deux Français soupçonnés de préparer un attentat ont été arrêtés, elle a fustigé le «poison terrible du terrorisme islamiste». Elle a accusé ses concurrents d'avoir «voulu taire le problème, le refouler, le mettre à distance, comme on cache la poussière sous le tapis».

La candidate de 48 ans avait durci le ton dès lundi, liant une fois encore l'immigration et le terrorisme, en prônant un «moratoire» sur «l'immigration légale».

«Avec moi, il n'y aurait pas eu de Mohamed Merah», qui se proclamait «combattant d'Al-Qaïda». Il avait tué en 2012 trois militaires ainsi que trois enfants et un enseignant juifs. Et «il n'y aurait pas eu les terroristes migrants du Bataclan et du stade de France» qui ont fait 130 morts en novembre 2015, assure aussi Marine Le Pen.

Une contre-manifestation d'environ 500 personnes, brandissant des banderoles comme «Marseille solidaire contre l'extrême droite et le fascisme», a été émaillée de quelques échauffourées entre manifestants et la police.

«On ne récolte pas de voix sur le dos des morts. C'est une sorte de ligne rouge d'ordre moral» que «Marine Le Pen vient de franchir», a critiqué un éditorial du quotidien Le Monde.

Il n'empêche: le thème est porteur dans une France traumatisée par une série d'attentats jihadistes qui ont fait 238 morts en 2015 et 2016, et où la menace terroriste reste «plus élevée que jamais», selon le ministère de l'Intérieur.

Emmanuel Macron a d'ailleurs voulu se poser mercredi en candidat seul capable «d'assurer la sécurité» des Français, en s'affichant lors d'un rassemblement à Nantes (ouest) au côté du ministre socialiste de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui l'a rallié récemment.

L'offensive de Mme Le Pen sur l'immigration et la sécurité lui permet d'éviter un sujet plus glissant: la sortie de l'euro, promise dans son programme et qui continue de faire peur à une majorité de Français (72%, selon un récent sondage).

«Depuis son rassemblement lundi soir, il y a une réorientation vers les fondamentaux anciens, particulièrement l'immigration. On revient à l'os (...) Car l'électorat frontiste est plus divisé qu'il n'y paraît sur la sortie de l'euro», analyse pour l'AFP Jean-Yves Camus, spécialiste du FN.

Le tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon a lui aussi pris soin de rassurer l'opinion publique sur ce point, alors que son programme prévoit de renégocier les traités européens avec Bruxelles et d'en sortir après référendum si les discussions échouent.

Des intellectuels et artistes américains, dont le philosophe engagé Noam Chomsky, ont lancé mercredi une pétition titrée «France: s'il te plaît, ne réédite pas la tragédie Clinton vs Trump», pour appeler les électeurs français à s'unir derrière M. Mélenchon.

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