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Ils n’ont pas le droit de vote, mais scrutent l'élection présidentielle

Agence France-Presse

Ils sont étrangers, vivent en France et ne voteront pas demain et le 7 mai prochain, mais se passionnent pour la campagne présidentielle, les candidats et les conséquences de leurs programmes sur leur propre vie.

Gordon Freeman, Écossais de 33 ans, n'a pas perdu une miette des multiples rebondissements de la campagne, et, comme de nombreux autres, regarde tout particulièrement la trajectoire de la candidate d'extrême droite, Marine Le Pen.

«La regarder et l'écouter, c'est comme assister à un accident de voiture où la victime est un être proche, et c'est la France», estime ce doctorant «pro-européen», qui vivait à Londres pendant le vote du Brexit.

Leïla Hossou, une Béninoise qui travaille dans une start-up, dit avoir de la «chance» d'être arrivée en France il y a 15 ans. «Venir en France, c'est améliorer la vie de sa future famille, je sais que mes enfants pourront aller à l'école gratuitement, avoir une bourse pour étudier dans une université ou une grande école», dit cette salariée de 30 ans.

De cette campagne «passionnante», elle retient le programme «réaliste et raisonné» du candidat du principal parti de droite Les Républicains, François Fillon, et n'a pas été «scandalisée» par les soupçons d'emplois fictifs présumés qui ont plombé sa campagne.

«Les électeurs ne sont pas du tout influencés par les scandales (...) quand ils veulent vraiment un candidat», estime aussi Meghdut Roy Chowhdury, un entrepreneur indien de 26 ans: «sinon Trump n'aurait jamais été élu président».

Gordon Freeman voit le nouveau venu Emmanuel Macron, jeune centriste de 39 ans, comme «une vraie bouffée d'air frais», mais plébiscite également le candidat «sincère» de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon. Il verrait bien les deux candidats respectivement à la tête de l'État et du gouvernement: «Macron, c'est le philosophe qui sait faire des affaires, Mélenchon, c'est le Jean Valjean des Misérables. L'un a le cerveau, l'autre a le coeur».

Jean-Luc Mélenchon, ainsi que le candidat du Parti socialiste (au pouvoir) Benoît Hamon, promettent le droit de vote aux étrangers non originaires de l'UE pour les élections locales, serpent de mer du débat politique français, que le président François Hollande s'était engagé à trancher avant finalement de renoncer à s'attaquer à ce dossier sensible.

Vanessa Munoz, une Équatorienne de 40 ans, a obtenu la nationalité française en 2013 après plus d'une décennie passée dans le pays. Elle votera pour la première fois, et pour Emmanuel Macron, l'un des favoris du scrutin. «Un vote utile» pour empêcher l'accession au pouvoir de Marine Le Pen, explique cette femme d'affaires qui craint de devoir «s'expliquer en permanence sur ses origines».

Célia Massoud, diplômée algérienne de 26 ans, est elle sur le point d'être embauchée dans la grande distribution. Elle s'intéresse surtout aux mesures visant les travailleurs immigrés, notamment celles défendues par Marine Le Pen.

La proposition de cette dernière de taxer les futurs contrats d'employés étrangers à hauteur de 10% du salaire brut représenterait selon Célia «un frein pour les employeurs». «Je comprends que des chômeurs français pensent qu'on leur vole leur travail même si pour moi, ça devrait plutôt fonctionner au mérite».

«On n’est pas chez nous ici (...) on est venus pour le travail, on reste corrects et on respecte le pays», insiste Sidali Challal, retraité algérien de 75 ans.

En France depuis 50 ans, cet ancien soudeur fait partie de ces «chibanis», ouvriers souvent non qualifiés venus du Maghreb pour travailler dans des secteurs en déficit de main d'oeuvre.

«Quand je suis arrivé, on m'avait proposé cinq postes différents (...) aujourd'hui les migrants viennent en bateau, paient pour ça, ne trouvent pas de boulot, ils dorment dehors, ce n’est pas normal», déplore ce père de 3 enfants nés en France, mais qui n'a jamais réclamé la nationalité.