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Conflit du bois d’œuvre: des milliers d’emplois en jeu au Québec

TVA Nouvelles

L’importante hausse des tarifs douaniers annoncée par l’administration Trump à l’égard des producteurs forestiers canadiens va frapper de plein fouet le secteur du bois d’œuvre québécois.

Donald Trump a annoncé l’imposition d’une taxe douanière d’environ 20 % rétroactive jusqu’à 90 jours sur le bois d’œuvre canadien exporté aux États-Unis.

Ce cinquième conflit sur le bois d’œuvre à survenir entre le Canada et les États-Unis depuis les années 80 pourrait avoir des conséquences désastreuses pour plus de 225 communautés au Québec, selon Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques de l’Institut économique de Montréal (IEDM).

«C’est un conflit qui va être très couteux. Il y a beaucoup de régions au Québec qui dépendent exclusivement du marché américain pour les exportations de bois d’œuvre. (...) On parle de 96% des exportations qui s’en vont directement sur le marché américain. L’augmentation aussi élevée des tarifs douaniers va faire très mal», a expliqué l’analyste en politiques publiques en entrevue à Mario Dumont.

L’augmentation des tarifs douaniers est par ailleurs rétroactive sur 90 jours, un écueil pour les producteurs forestiers.

«Cela cause des problèmes de liquidités pour les scieries, c’est ça qui est difficile à supporter. C’est la raison pour laquelle on va voir des pertes d’emplois.»

Alors que l’industrie québécoise commence à peine à se remettre du dernier conflit avec les Américains, cette nouvelle tuile n’annonce rien de bon.

«Lors du dernier conflit entre 2001 et 2006, 20 000 emplois s’étaient perdus du jour au lendemain suite à l’imposition des tarifs», ajoute M. Moreau.

Le Canada: concurrent déloyal?

La hausse des tarifs touchera durement les producteurs québécois, dont la matière première est issue des forêts publiques, une forme de concurrence déloyale selon les États-Unis.

«Essentiellement, c’est que 90% du bois est récolté sur des forêts publiques au Canada. Aux États-Unis, c’est l’inverse, c’est principalement des forêts privées» explique M. Moreau.

Au Canada, les producteurs doivent payer des droits de coupe, mais les Américains jugent que ces droits ne sont pas assez élevés.

«Ce qu’il faut garder en tête, c’est qu’on a eu plusieurs combats juridiques devant l’Organisation mondiale du commerce, mais aussi devant les tribunaux de l’ALENA et à chaque fois le Canada est sorti gagnant. On jugeait que les subventions étaient de moins de 1%, ce n’est pas suffisant en termes du droit américain pour imposer des tarifs (douaniers aux Canadiens)», détaille l’analyste.

Selon Alexandre Moreau, le Canada pourrait fort bien encore gagner la bataille juridique, mais entre temps, l’industrie du bois d’œuvre devra en payer le prix.

Les consommateurs perdants

«Pendant ce temps, les scieries américaines vont profiter de l’augmentation du prix du bois d’œuvre, ils vont augmenter leurs profits et cela va affaiblir leurs compétiteurs canadiens», précise Alexandre Moreau.

Cette augmentation aura des conséquences pour les consommateurs américains, qui devront payer plus cher notamment pour le prix d’une maison.

Aux États-Unis, le secteur de la construction domiciliaire, qui représente 18 % du PIB, dépend en majeure partie de l’approvisionnement en bois d’œuvre. Selon l’Institut économique de Montréal, une hausse de tarif de 25 % augmenterait le prix moyen d’une nouvelle maison de près de 1300 $ aux États-Unis.

«Il faut cesser d’écouter les groupes qui sont bien organisés et qui profitent du protectionnisme», croit Alexandre Moreau, surtout avec les renégociations de l’ALENA qui approchent.

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