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Hollande met en garde contre l'excès de confiance face à Le Pen

Agence France-Presse

Le président François Hollande a averti mardi que la victoire du jeune centriste Emmanuel Macron n'était pas acquise au second tour de la présidentielle en France face à la chef de l'extrême droite Marine Le Pen, activement repartie en campagne.

«Je pense qu'il convient d'être extrêmement sérieux et mobilisé, de penser que rien n'est fait parce qu'un vote ça se mérite, ça se conquiert, ça se justifie, ça se porte», a déclaré le président sortant, en marge d'un déplacement dans l'ouest de la France.

Le chef de l'État, qui avait convié plus tôt mardi les deux finalistes à un hommage national au policier tué dans un attentat le 20 avril à Paris, a aussi jugé que le pays n'avait pas «pris conscience» de la situation politique.

«Ce n'est pas rien que l'extrême droite soit au deuxième tour d'une élection présidentielle», a-t-il insisté. Le président avait annoncé la veille qu'il voterait pour son ex-ministre de l'Économie pour contrer «le risque» Le Pen en terme de suppression d'emplois, de pouvoir d'achat et de rupture avec l'Union européenne.

Pour la deuxième fois de son histoire, le Front national s'est hissé au second tour, cette fois-ci avec un score «historique» (21,30%) et un record de voix (7,7 millions).

Selon un sondage publié mardi, Marine Le Pen, arrivée derrière Emmanuel Macron dimanche soir, serait battue le 7 mai avec 31% des suffrages du fait d'un report défavorable des voix. Reste l'inconnue de l'abstention.

Pour conquérir les électeurs déçus par les résultats du premier tour, la candidate de l'extrême droite s'est très vite replongée dans la campagne: mardi matin, elle a visité l'immense marché agroalimentaire de Rungis, en banlieue parisienne, après un déplacement la veille dans une petite ville du nord du pays.

Emmanuel Macron a de son côté renoué avec le terrain en se rendant dans un hôpital de la région parisienne pour évoquer «la prise en charge des patients en situation de handicap». Il devait s'exprimer mardi soir sur une chaîne de télévision.

Marine Le Pen, déjà invitée lundi soir à une heure de grande écoute, interviendra à nouveau mardi sur une autre chaîne de télévision. Elle tiendra un rassemblement jeudi à Nice (sud-est), bastion de la droite où elle espère capter des voix.

Cette stratégie de forte présence sur le terrain et dans les médias contraste avec celle d'Emmanuel Macron qui a annoncé à la dernière minute sa visite dans un hôpital. Il a prévu mercredi un déplacement dans le nord-ouest suivi d'un rassemblement à Arras (nord), terre acquise au Front national.

L'attitude du jeune centriste, qui consacre son début de semaine à des consultations en vue d'une future majorité, a été critiquée par nombre de commentateurs jugeant qu'il donnait l'impression «d'enjamber» le second tour, comme s'il considérait la victoire déjà acquise.

La célébration de sa première place du premier tour, dimanche soir dans une grande brasserie parisienne autrefois fréquentée par les artistes et les intellectuels, a fait couler beaucoup d'encre. «Il a fait une erreur colossale, je n'en reviens pas», commente Dominique Reynie, professeur à Sciences Po et chef de la Fondation pour l'Innovation Politique à Paris.

Le candidat a recueilli des ralliements de tous bords pour «faire barrage» à l'extrême droite, à l'exception du tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon qui n'a pas donné pour l'heure de consigne de vote.

L'ex-président de droite Nicolas Sarkozy va annoncer d'ici quelques jours qu'il votera en faveur d'Emmanuel Macron, selon des sources concordantes au sein de son parti.

Plus tôt mardi, M. Macron et Mme Le Pen ont écouté ensemble le discours émouvant du compagnon du policier Xavier Jugelé, tué dans un attentat revendiqué par le groupe jihadiste Etat islamique (EI). Un hommage national a été rendu au capitaine de 37 ans devenu la 239e victime de la vague d'attentats commis en France depuis janvier 2015.

Les deux candidats avaient réagi à l'événement de façon diamétralement opposée, le centriste, libéral et pro-européen, appelant les Français à ne pas «céder à la peur» alors que la chef de l'extrême droite avait déclaré redouter de nouveaux attentats et avait martelé son programme ultra-sécuritaire.

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