/finance

Boeing s’attaque à la C Series de Bombardier

Agence QMI et Agence France-Presse 

Le constructeur Boeing a sollicité, jeudi, l’aide du département américain du Commerce pour enquêter sur les pratiques de vente de l’entreprise québécoise Bombardier.

La requête de Boeing déposée également auprès de l’International Trade Commission des États-Unis allègue que Bombardier se livre à des activités de «dumping» en vendant à perte ses appareils de la gamme C Series sur le territoire américain.

«Bombardier s’est embarqué dans une campagne agressive pour vendre ses avions de la C Series sur le marché américain à des prix absurdement bas, soit moins de 20 millions $ US pour des avions qui coûtent 33 millions $ US à produire, selon des informations disponibles publiquement», peut-on lire dans un communiqué émis par Boeing.

Selon le géant de l’aéronautique américain, Bombardier vend ses appareils plus cher au Canada qu’aux États-Unis, «la définition même du dumping».

Boeing croit que les subventions reçues par Bombardier de la part de Québec et d’Ottawa permettent à l’entreprise montréalaise de s’attaquer agressivement au marché américain.

Cette plainte porte sur deux avions de la gamme CSeries, le CS100 et le CS300. Ces appareils viennent concurrencer frontalement le B737 du constructeur américain comme la famille des Airbus A320, et la mise en service commerciale pour le plus petit a commencé en juillet dernier.

Il y a exactement un an, Bombardier avait arraché une commande ferme de 75 avions CSeries de la compagnie américaine Delta Air Lines, d'une valeur de 5,6 milliards de dollars américains sur la base de leur prix catalogue. Les avions sont affichés par Bombardier à un tarif compris entre 79,5 et 89,5 millions de dollars.

À la signature, le PDG de Bombardier, Alain Bellemare, avait relevé que la négociation avait été âpre car tous les «joueurs étaient à la table», en faisant référence à Airbus et Boeing.

Rappelons qu’en 2015, Québec a investi 1 milliard $ US (1,37 milliard $ CAN) dans les avions de la C Series. De son côté, Ottawa a accordé un prêt remboursable de 372,5 millions $ à l’entreprise, tant pour la C Series que pour le développement de l'appareil Global 7000.

Bombardier, Québec et Ottawa réagissent

Dans un courriel adressé à l’Agence QMI, Bombardier a réagi en indiquant être au courant de la manœuvre intentée par Boeing et a précisé que le dossier est examiné «soigneusement».

«Bombardier structure ses opérations commerciales de façon à s’assurer du respect des lois et règlements des juridictions dans lesquelles nous exerçons nos activités, y compris dans les cas soulevés par Boeing», s’est défendu Simon Letendre, porte-parole pour Bombardier, avant de rappeler que l’entreprise emploie 7000 personnes aux États-Unis et dépense 3 milliards $ par année auprès de fournisseurs américains.

À Québec, la ministre Dominique Anglade a affirmé, dans un communiqué émis jeudi soir, que le gouvernement défendra «avec force et fermeté» l’industrie aérospatiale québécoise. Mentionnant les «récentes déclarations concernant la gestion de l'offre, le bois d'œuvre, l'aluminium et maintenant l'industrie aérospatiale», la ministre Anglade a assuré que Québec allait continuer de mobiliser ses partenaires afin de défendre les intérêts économiques de la province aux États-Unis.

Même son de cloche du côté d’Ottawa, qui a rejeté les allégations de Boeing. «Le gouvernement du Canada entend préparer une vigoureuse contestation de ces allégations et défendra avec fermeté les emplois de l'industrie de l'aérospatiale des deux côtés de la frontière», a indiqué le ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique dans un communiqué.

Boeing n’est pas la première entreprise à s’attaquer aux subventions accordées au programme C Series. Répondant aux demandes du géant Embraer, le Brésil a déjà, à plusieurs reprises, fait part de son intention de contester le financement gouvernemental accordé à Bombardier devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Dans la même catégorie