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«C'est-tu la fin du monde, bâtard?» - une sinistrée

TVA Nouvelles

Une autre journée difficile dimanche en Outaouais sur le front des inondations. L'eau continue de monter, mais le maire de Gatineau refuse de faire comme ses homologues et décréter l'état d'urgence.

Maxime Pedneaud-Jobin estime qu’un tel décret n’accorderait pas de ressources supplémentaires sur le terrain. Il ajoute également qu’il ne veut pas forcer les gens à quitter leur demeure pour leur permettre de continuer à se battre pour la sauver.

«Ce qui est extraordinaire, c’est qu’il y a des milliers de citoyens qui sont venus faire des sacs. Juste dans la journée d’hier, on en a fait 25 000. Partout dans les rues, les gens sortent et aident leurs voisins», a confié le maire.

M. Pedneaud-Jobin a de plus relevé les enjeux liés aux voies de circulation, mises à mal par le débordement des cours d’eau. «L’autoroute 50, qui traverse la ville de bord en bord, est touchée aujourd’hui et on espère qu’elle sera rouverte demain», a-t-il précisé, en mentionnant que le gouvernement fédéral avait d’ailleurs donné congé à ses employés qui doivent traverser les ponts pour demain.

Voyez l'entrevue avec le maire dans la vidéo ci-dessous:

La crue des eaux a contraint de nombreux résidents de l'Outaouais d'abandonner leur demeure. TVA Nouvelles en a rencontré de nombreux sur le terrain.

«C'est terrible, c'est terrible. Hé, tu regardes et tu te dis à toi-même: c'est-tu la fin du monde, bâtard?» lance une résidente, les émotions à fleur de peau.

«Ça fait 53 ans que je reste là...», raconte une autre dame, incapable de terminer sa phrase.

Même chagrin pour l’une de ses concitoyennes. «C'est la maison de nos parents, de mon père, de ma mère... C'est difficile de voir qu'on va tout perdre ce qu'on a.»

Dans le secteur de Gatineau, une armée de bénévoles a renforcé une digue de terre érigée autour d'une maison.

On craint tout de même que la structure cède à tout moment sous la pression de l'eau.

«Si ça lâche, c'est une fraction de seconde, c'est fini», explique un résident, convaincu que les maisons vont y passer si la digue cède.

«Malgré tous ces efforts-là, je pense qu'on est rendus au point ou... c'est pas évident.»

Pour l'instant, cette digue tient le coup, mais bien des résidents en ont gros sur le coeur et se demandent si les autorités municipales et provinciales n'auraient pas dû demander l'intervention des Forces canadiennes beaucoup plus tôt.

C'est le cas d'Alain Matte, qui craint le pire pour sa propriété après «avoir perdu» son sous-sol. «L'armée aurait dû, à mon avis, être ici mardi», souligne-t-il.

«On croyait voir des militaires en bateau, on croyait voir les camions de guerre qui sont capables de circuler dans des zones sinistrées comme ça. On les voit pas sur le terrain», se désole une citoyenne.

Quand on lui demande pourquoi avoir attendu à vendredi pour lancer l'appel, le responsable de la Sécurité civile reste évasif.

«L'ajout de renfort avant le moment ou ça a été décidé... il y aurait pas eu nécessairement non plus une plus-value à ce moment-là», plaide Gaétan Lessard, du ministère de la Sécurité publique du Québec.

Pour le moment, seuls 30 militaires sont mobilisés sur le terrain à Gatineau, une situation que certains préfèrent voir du bon côté. «Le soleil est là, là, à travers tout ce monde-là. On va survivre à ça», laisse tomber une sinistrée qui n’a pas perdu son optimisme.

-D’après un reportage de Raymond Filion

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