/regional/montreal/monteregie

«Je veux me battre le plus longtemps possible pour rester ici»

TVA Nouvelles

Mise à jour:

Jacques et Carole ont perdu leur combat. En fin d'après-midi, les deux résidents de Rigaud ont dû se résigner à quitter leur domicile après avoir reçu un ordre formel d'évacuation.

«Je me sens mal, a raconté Jacques à TVA Nouvelles. Se faire évacuer de chez nous quand on n'est pas en danger...»

Les autorités ont expliqué au couple qu'elles n'étaient plus en mesure d'assurer leur sécurité.

Couple Rigaud

Capture d'écran TVA Nouvelles

 

***

Un couple de Rigaud s’accroche à sa maison avec l’énergie du désespoir en dépit des avis d’évacuation qu'ont émis les autorités municipales.

Depuis déjà des semaines, Jacques et Carole se relaient avec l’aide de leur fille, quasiment jour et nuit, pour surveiller le fonctionnement des pompes afin d’éviter que leur son sous-sol soit inondé. Ils ont érigé des barrières autour du sous-sol, donc, même si celui-ci se trouve sous le niveau de l’eau, tout est resté sec pour le moment. Sauf le garage, «on l’a échappé, il y a trois pieds d’eau dedans, on a fermé le courant...»

Le maire de Rigaud, en Montérégie, oblige ses citoyens à quitter leur résidence dans six zones submergées, et ce, depuis déjà quelques semaines. C’est une question de sécurité, a-t-il assuré.

Dimanche matin, la municipalité a même décrété l'état d'urgence, ce qui vient avec l'obligation pour les résidents concernés de quitter leur maison.

«Je veux essayer de me battre le plus longtemps possible pour rester ici, insiste Jacques. Comme vous le voyez, le [sous-sol] est sec à la grandeur. J’ai encore frigidaire, congélateur, système de chauffage, réservoir à eau chaude, système d’eau... Tout ça, c’est tout du neuf. Si on s’en va d’ici, puis qu’on ferme l’électricité, les pompes arrêtent, on perd tout. Si je reste ici, je peux m’occuper des génératrices et on va être bons pour pouvoir sortir toute l’eau qu’il y a à sortir, même si on coupe le courant», relate-t-il à la journaliste de TVA Nouvelles.

«Ce que j’apprécierais, c’est de pouvoir rester ici jusqu’à la dernière minute et qu’on m’avise si on est pour couper le courant, pour que je puisse transférer sur le système auxiliaire avant qu’on coupe l’électricité, explique-t-il. Donc, je n’aurais jamais de perte de vidange d’eau, on va pouvoir rester sec.»

«Va falloir que je sorte»

Après les pompiers, ce sera au tour des agents de la Sûreté du Québec de venir cogner à la porte des deux vaillants citoyens pour leur ordonner de quitter leur maison. «Je n’aurai pas le choix si on m’oblige, va falloir que je sorte», répond Jacques, sur un ton résigné, en contenant mal son émotion.

Même s’il comprend pourquoi les autorités ont pris la décision d’ordonner les évacuations, Jacques aurait préféré que le tout se fasse sur une base volontaire.

«Je comprends que pour les citoyens qui sont mal pris, c’est mieux de sortir, témoigne-t-il. On ne veut pas tout perdre, on a mis toute notre énergie pour ici, c’est notre retraite qu’on se prépare. Mais présentement, Dame nature ne nous aide pas.» Le niveau d’eau a monté de plus de 20 cm depuis hier.

«On veut pas sortir. On s’est battus pendant trois semaines pour garder ça comme ça. Ici, dans le sous-sol, on est capable de maintenir. Je peux vivre au premier [étage], je suis encore 8 pieds au-dessus de l’eau. Nous sommes équipés en camping, on a de l’eau potable, j’ai tout ce qu’il faut pour nous maintenir. J’ai une chaloupe attachée après la galerie, si j’ai une urgence, on embarque dans la chaloupe et on s’éloigne de la maison.»

Mais pour Jacques et sa femme, ce scénario est bien le dernier qu'ils sont prêts à envisager.

Dans la même catégorie