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Couillard a raté l’occasion de faire une bonne première impression auprès de Trudeau

Guillaume St-Pierre | Agence QMI 

TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

S’il avait mieux informé Ottawa, Philippe Couillard aurait pu s’éviter la réaction épidermique de Justin Trudeau, qui a rejeté sèchement son plan pour faire une place spéciale au Québec dans la constitution canadienne.

Le bureau du premier ministre Trudeau a admis vendredi qu’il ne connaissait pas les réelles intentions de son vis-à-vis provincial lorsque Québec a déposé sa bombe constitutionnelle, jeudi.

Tout au plus, Ottawa a été averti «quelques jours» plus tôt qu’une annonce sur la «constitution» était à venir, sans plus de détail.

Le professeur de droit de l’Université de Montréal Stéphane Beaulac croit que le gouvernement Couillard a raté l’occasion de faire une bonne première impression.

«Si Ottawa avait été avisé, Justin Trudeau aurait peut-être eu un préjugé plus favorable», a-t-il dit.

Avant même que Québec dévoile sa proposition, Justin Trudeau avait déjà tranché: «On n'ouvre par la constitution», a-t-il balancé d’un trait en passant devant les journalistes dans un couloir du Parlement, jeudi matin.

La réaction sans nuance du premier ministre Trudeau étonne certains experts, qui ont d’ailleurs tous été impressionnés par le document présenté par Québec.

«C’est stupide. C’est clairement stupide, a laissé tomber le docteur en droit Frédéric Bérard. Justin Trudeau aurait très bien pu dire qu’il allait prendre le temps de lire le document.»

Il n’en demeure pas moins qu’à Ottawa, libéraux et conservateurs ont fermé la porte au débat constitutionnel, prétextant qu’il ne s’agit pas d’une priorité pour la population.

L’argument ne convainc pas plusieurs experts consultés, mais aussi le sénateur conservateur québécois Claude Carignan.

«Est-ce que c’est le bon moment? Il n’y aura jamais de bon moment», a tranché le juriste de formation, conscient de s’inscrire en faux contre la position de la majorité de ses collègues à la Chambre des communes.

«Un jour, il va falloir régler le problème. Ce n’est pas normal que le Québec se voie appliquer une constitution qu’il n’a pas signée, a-t-il précisé. Je trouve que M. Trudeau a fermé la porte extrêmement rapidement, sans grande élégance.»

Invité à commenter, le sénateur indépendant André Pratte estime pour sa part que le fruit n’est toujours pas mûr pour de nouvelles négociations constitutionnelles.

«Il y a une sorte de traumatisme qui est encore là» dans le Canada anglais, croit l’ancien journaliste.

Le constitutionnaliste Benoit Pelletier ne retient pas son souffle, mais il estime que l’effort de Québec pourrait éventuellement donner des fruits. Même Justin Trudeau pourrait éventuellement changer d’avis, selon lui.

«Les mentalités changent avec le temps», a-t-il dit en entrevue téléphonique.

La démarche du gouvernement Couillard vise ultimement à signer la constitution de 1982 après une série de rencontres et de conférences dans les provinces canadiennes.

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