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«Le passé peut parfois être encombrant» - Petula Clark

Samuel Pradier

 - Agence QMI

Sébastien St-Jean / Agence QMI

Loin d’être nostalgique, Petula Clark est résolument portée vers l’avenir. Elle était dernièrement de passage à Montréal afin de rencontrer des auteurs et compositeurs en vue de l’enregistrement d’un nouvel album francophone, qui sera le prélude d’une grande tournée à travers la province.

Petula Clark se souvient parfaitement de sa première visite au Québec, au milieu des années 1960. «J’étais venue présenter un spectacle totalement en français en tournée. J’étais assez nerveuse, car ce n’était pas forcément facile. En plus, c’était l’hiver; il y avait beaucoup de neige. Mais le public était tellement chaleureux.»

Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est que, durant son séjour, sa chanson «Downtown» est devenue un immense succès aux États-Unis. «Les gens du «Ed Sullivan Show» n’arrêtaient pas de m’appeler pour que je participe à l’émission, mais je ne pouvais pas. J’étais en tournée ici, je ne voulais pas annuler mes spectacles. Ç’a été un moment particulier. Ensuite, je suis repartie à Paris, car j’avais des contrats à honorer là-bas. J’ai finalement fait le «Ed Sullivan Show» quelques semaines plus tard. Je suis arrivée au dernier moment, avec le décalage horaire.»

De Larochellière et Charlebois

Pour la première fois de sa carrière, Petula Clark a inversé le processus de création d’un nouvel album. «Habituellement, on me propose des chansons, et je les aime ou pas. Cette fois-ci, je suis venue passer deux jours à Montréal pour rencontrer de nouveaux auteurs et des compositeurs. Ils ne savaient pas forcément qui j’étais; ils connaissaient peut-être les chansons que j’avais faites dans le passé. Mais je ne suis pas nostalgique, je ne veux pas répéter ce que j’ai déjà fait.»

Parmi les chanceux qui pourront écrire pour elle, on retrouve notamment Luc De Larochellière ou encore Robert Charlebois. «J’avais déjà croisé Robert Charlebois. Il a d’ailleurs trouvé une idée formidable. Robert est une vedette. Il sait ce qu’il faut faire sur scène pour défendre les chansons que l’on a enregistrées. Les chansons doivent être bonnes pour faire un bon disque, mais il faut aussi penser au fait qu’elles doivent être défendues sincèrement devant le public. Il faut donc, en premier lieu, qu’elles me touchent.»

Une tournée en 2018

Après l’enregistrement de ce nouveau disque en français, Petula Clark fera une grande tournée à travers le Québec au printemps 2018. Elle est consciente que, sur scène, elle devra aussi passer en revue ses grands succès. «C’est difficile d’imposer de nouvelles chansons dans un spectacle; les gens veulent entendre celles qu’ils connaissent et qu’ils aiment déjà. L’automne dernier, j’ai fait une tournée en Angleterre avec les chansons de mon nouveau disque en anglais, plus les chansons des années 1960, plus les chansons des comédies musicales que j’ai faites... Ça commençait à faire beaucoup.»

Elle reste néanmoins très fière de tous ses succès comme «Downtown», mais aussi «La Gadoue», «À London», «C’est ma chanson»... «Le passé peut parfois être encombrant, mais il y a tellement de belles histoires rattachées à ces chansons, comme celle d’un vétéran du Vietnam qui m’a écrit que mes chansons l’avaient aidé à tenir le coup durant la guerre. Quand on enregistre une chanson, c’est parce qu’on l’aime; mais c’est juste le début... Elles partent ensuite dans le coeur des gens jusque dans des pays qu’on ne connaît pas. Le processus qui fait que les chansons ont leur propre vie est un peu mystérieux.»

Encouragée par ses enfants

En pleine forme, l’octogénaire n’a jamais envisagé d’arrêter ses tournées aux quatre coins du monde. «J’ai un métier formidable que j’aime toujours. Je suis chanceuse, car ma voix n’a pas beaucoup changé. Moi, j’ai changé, le public a changé, le monde autour de moi a changé, mais c’est un voyage qu’on a fait plus ou moins ensemble. Je suis privilégiée de pouvoir encore faire ce métier. Je reste éblouie par la magie de ce qui arrive entre un artiste et le public.»

Ses trois enfants (Barbara, Catherine et Patrick) l’encouragent d’ailleurs à continuer à arpenter les scènes du monde entier. «Ils ne peuvent pas imaginer que j’arrête de travailler, de faire des spectacles. Parfois, je me dis que ce serait le moment d’arrêter, mais ça ne dure généralement pas longtemps.»