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Six cas recensés

Une bactérie mortelle menace les itinérants

Hugo Duchaine | Agence QMI 

L’éclosion d’une grave bactérie pouvant causer la maladie mangeuse de chair dans les refuges de sans-abri inquiète les autorités à Montréal depuis qu’un homme est mort et que cinq autres cas ont été recensés depuis le mois de mai.

C’est le branle-bas de combat dans les refuges de la métropole. Les moindres surfaces sont désinfectées, les draps sont lavés et des concierges supplémentaires ont même été embauchés pour éviter que l’éclosion ne fasse d’autres victimes.

«Nous sommes dans l’inconnu, a reconnu Matthew Pearce de la Mission Old Brewery, qui n’a jamais rien vu de tel en plus de 10 ans. Nous suivons les conseils de la santé publique, mais rien n’est garanti devant une population déjà autant hypothéquée», a-t-il poursuivi.

Pour l’instant, la Direction régionale de santé publique (DRSP) a dénombré six cas d’infection invasive à streptocoque du groupe A dans quatre refuges montréalais. De ce nombre, un homme est mort, et dans trois cas l’infection s’est aggravée en maladie mangeuse de chair.

Deux autres malades pourraient avoir contracté l’infection, mais les résultats sont encore à l’étude. Les victimes sont toutes des hommes âgés en moyenne de 60 ans.

Une souche qui pourrait provenir de Toronto

Les infections présentent le même génotype rare au Québec et dont aucun cas n’a été répertorié depuis plusieurs années, selon la DRSP. Cette souche pourrait provenir de Toronto, où une éclosion a été observée en mars, aussi chez des itinérants.

Pour le microbiologiste et infectiologue Christian Lavallée, il ne fait aucun doute qu’ils sont plus à risque. «La promiscuité, leur santé fragile et les plaies non soignées sont des portes d’entrée pour les bactéries.»

Le médecin souligne que le streptocoque du groupe A est souvent présent dans la gorge, où il ne cause que des infections mineures et rarement des infections invasives comme la souche qui est présente en ce moment.

François Bouchard, qui fréquente la Mission Bon Accueil, compte prendre ses précautions autant que possible, en prenant sa douche tous les jours et en utilisant les bouteilles de Purell à sa disposition, mais ses options sont limitées, a-t-il dit. «On dort à cinq pieds l’un de l’autre, il y a 300 lits un par-dessus l’autre et ce n’est pas tout le monde qui a son hygiène personnelle à cœur», a expliqué le sans-abri.

Itinérants surveillés

«On suit le protocole demandé par la santé publique comme une religion», a assuré le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Sam Watts.

Les itinérants qui entrent pour la nuit sont aussi surveillés pour déceler de possibles symptômes d’une infection et les accompagner à l’hôpital. «On ne peut pas non plus laisser les gens dormir dans la rue», a-t-il dit.

C’est d’ailleurs grâce à une infirmière du refuge que les premiers cas ont été portés à l’attention de la santé publique, lorsqu’elle a remarqué deux hommes avec des symptômes semblables. «Une chance qu’on avait cette expertise», a-t-il soufflé, ajoutant qu’il espère que le gouvernement mettra plus d’argent et d’effort pour protéger les populations vulnérables comme les sans-abri.

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