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1,72 million $ pour leur enfance volée

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Deux sœurs de l’Outaouais dont l’enfance a été complètement volée par leur père sadique et cruel recevront 1,72 million $ de sa succession, a récemment tranché le tribunal.

«Violences physiques, psychologiques et sexuelles, milieu familial toxique, cruauté et sévices ne sont pas que des mots», a déploré la juge Suzanne Tessier dans son long jugement relatant une véritable histoire d’horreur remontant aux années 1970, dans la région de Gatineau.

Les deux filles, dont l’anonymat a été ordonné par la cour, ont expliqué avoir grandi sous le régime de terreur d’un père, depuis décédé, et «qui n’avait pas besoin de raison» pour les battre, elles et leur mère.

Sévices

«[Une des filles] dira que cela marque une enfance, car il y avait “toujours du sang chez eux”», a noté la magistrate en citant de nombreux exemples dans son récent jugement.

Une fois, le père a fracassé une bouteille sur la tête de sa femme. À un autre moment, elle a perdu «toutes ses dents» à la suite d’un coup porté parce qu’elle avait critiqué son époux.

Les filles de ce père indigne n’étaient pas épargnées par les coups. Elles étaient gavées de force et l’une d’elles a même déjà dû manger un repas plein de sang, après s’être fait casser le nez à table.

«Tu vas en manger une, calice, et ma te fourrer une volée», avait-il prévenu une de ses filles, si elle n’avait pas de A à l’école.

«Aurore»

D’une cruauté inouïe, le père avait d’ailleurs surnommé une de ses filles «Aurore», en référence à Aurore, l’enfant martyr.

Une des enfants, maintenant adulte, se rappelle d’ailleurs avoir été «vendue» par son père pour 100 $, à deux inconnus qui ont abusé d’elle à l’arrière d’une fourgonnette.

Impitoyable, le père avait même décapité à la hache la portée de cinq chatons d’une chatte errante, qu’une de ses filles avait recueillie. Cet événement a été si traumatisant que dans sa vie adulte, la fille s’est efforcée de sauver de nombreux chats abandonnés.

Malgré l’horreur subie au quotidien, tous ont gardé secret ce qui se passait entre les murs de la maison. Mais tous n’ont pas été capables de vivre avec ce lourd fardeau, puisque le grand-père paternel des deux filles s’est suicidé juste après avoir appris le lourd secret des petites.

Briser le silence

Ce n’est que des années plus tard que les deux femmes devenues adultes ont décidé d’entamer des poursuites civiles. Leur père venait de mourir, juste avant le début de son procès criminel pour une agression sexuelle sur un enfant trisomique de son entourage.

Il avait légué ses propriétés à ses frères et sœurs en ne laissant que des miettes à ses enfants.

Lors du procès civil, le frère et la sœur du père indigne l’avaient encensé, disant qu’ils ne pouvaient pas croire toute cette violence, malgré la preuve qualifiée d’accablante par la juge.

Et les sévices étaient tels que la réclamation des filles était entièrement justifiée, selon la Cour supérieure du Québec, qui a finalement condamné la succession du défunt à leur verser 1,72 million $, issus principalement de propriétés vendues.

Contactée par «Le Journal de Montréal», une des sœurs n’a pas souhaité commenter le jugement, disant vouloir se concentrer sur sa guérison.

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