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Réseau de la santé: «Ça va super mal», dit un employé

Harcèlement, surcharge de travail, manque d’écoute: un infirmier en dépression majeure dénonce les conditions de travail depuis la réforme dans le réseau.

«C’est épouvantable avec la réforme de Dr Barrette», dit-il sous le couvert de l’anonymat, par peur de représailles de son employeur.

«Ça va super mal. Les gestionnaires cherchent juste à couper toujours au minimum, ajoute celui qui travaille dans le réseau depuis plus de 30 ans. Ils pensent tous qu’ils vont réinventer la roue. Mais, un patient reste un patient.»

À cause du travail

Davantage d’employés du réseau de la santé partent pour des congés de maladie mentale depuis quelques années, montrent les données compilées par Le Journal de Montréal.

Selon plusieurs, la réforme de 2015 a eu pour effet de dégrader les conditions de travail.

Dans la cinquantaine, cet infirmier dans un centre hospitalier de la région de Montréal est en congé de maladie pour dépression majeure depuis l’an dernier. Il est d’ailleurs convaincu que ses problèmes psychologiques sont causés par son travail.

«Je me faisais dénigrer par mon cadre et j’étais déjà à terre. On veut m’écœurer pour que je m’en aille.»

Antidépresseurs, cauchemars, thérapies: l’homme essaie tant bien que mal de reprendre sa santé en main. Depuis son arrêt forcé, des problèmes de santé physique se sont ajoutés, et il n’a aucune idée quand il pourra retourner travailler.

«Je suis un leader positif, assure-t-il. Et j’adore mon travail.»

Or, il constate que l’ambiance démoralisée est généralisée dans le réseau.

Pas le temps de soigner

«On ne voit pas le bout, on n’y croit pas à la réforme. Tout va encore plus vite, on rajoute de la paperasse tout le temps. On n’a pas le temps de donner les soins de qualité qu’on devrait», déplore-t-il.

Des employés au bout du rouleau

Des dizaines d’employés du réseau de la santé en arrêt de travail pour problèmes psychologiques ont répondu à l’appel aux témoignages du Journal de Montréal sur Facebook, dans les derniers jours. La plupart ont dénoncé une surcharge de travail, un manque de reconnaissance et de l’épuisement général. Pour éviter qu’ils soient victimes de représailles de leur employeur, Le Journal de Montréal tait leur identité. Voici quelques réponses obtenues:

Beaucoup de bénévolat

«Le médecin m’a dit que si j’avais eu un autre travail, je ne serais jamais tombée en maladie. J’ai un travail trop exigeant. On vit des situations de crise, on a de grosses décisions à prendre, on est toujours pressées, on finit à des heures qui n’ont pas de bon sens et on ne peut jamais reprendre le surtemps.»

«On ne place pas des étiquettes sur des boîtes de tomate. Dans la dernière année et demie, c’est pire. Les délais sont courts, on a moins de ressources. Presque toute l’équipe est partie en maladie. Même passionnés, les gens s’en vont.» - Intervenante sociale depuis plus de 10 ans

«C’est avec beaucoup d’humilité que je me suis retrouvée dans une situation où j’ai réalisé que j’avais touché ma limite physique et psychologique. Pour la première fois de ma vie, je suis sous antidépresseurs. [...] Je n’aurais jamais pensé que cela puisse m’affecter à tel point. Non pas que ma vie soit difficile, car ma vie privée est stable et équilibrée. Ma source d’anxiété a été l’hôpital et sa gestion. Beaucoup d’éléments m’ont conduite au burnout.»

«Je ne me vois pas me faire traiter comme un numéro jusqu’à la fin de ma carrière. Quand t’as une conscience professionnelle, c’est dur de dire non. Si tu ne restes pas en surtemps, tu mets ton équipe dans la merde. On joue sur cette culpabilité-là, c’est du chantage.» - Infirmière de 26 ans, dans la région de Montréal

«L’enfer» depuis la réforme

«Depuis la réforme, c’est pire. Les gens n’ont plus le goût de travailler, il n’y a plus de contact humain. C’est une surcharge de travail, les gens quittent et ne sont pas remplacés.»

«J’ai vécu un changement radical d’équipe. On ne nous consulte pas, on chamboule nos horaires. L’atmosphère est mauvaise. Ils rapatrient des gens, c’est l’enfer.» - Psychoéducatrice en santé mentale depuis 15 ans, de la Mauricie

Une hausse généralisée

Grâce à la Loi d’accès à l’information, Le Journal de Montréal a compilé les dossiers de congés pour cause de santé mentale des employés des hôpitaux et des centres intégrés de santé et de services sociaux du Québec (CISSS), depuis cinq ans. Résultat : une hausse généralisée est observée. À noter que plusieurs CISSS ont refusé de répondre au Journal de Montréal.

Raisons qui expliquent les congés de maladie psychologique

•Réforme du réseau

•Charge de travail en hausse

•Pénurie de main-d’œuvre

•Alourdissement de la clientèle

•Nouveaux projets (Optilab)

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