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Épuisée de se battre contre la CNESST

Chantal Gagné dit se battre depuis des années contre la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), à la suite d’une blessure subie en 2013.

Elle a travaillé 28 ans comme auxiliaire à Rimouski, avant de subir un grave accident de travail en septembre 2013. Chantal Gagné a récemment appris qu'elle devra vivre avec 85 dollars chaque semaine pendant jusqu’à trois mois.

Trois mois, c’est environ le temps nécessaire pour qu’un expert du Bureau d’évaluation médicale se penche sur son dossier.

On a recours au Bureau d’évaluation médicale dans ce genre de dossier quand les diagnostics du médecin-conseil de la CNESST et de celui d’un prestataire ne concordent pas.

En mai 2017, un psychiatre a diagnostiqué chez elle un état de choc post-traumatique. Un rapport a été soumis au Bureau d’évaluation médicale. Ce rapport a été remis en question par le médecin de la CNESST, un orthopédiste de formation, ce qui choque Chantal Gagné. Elle ne comprend pas d’où vient cette remise en question.

En 2015, la CNESST a consolidé son dossier, signifiant qu’elle pouvait retourner au travail malgré des limitations permanentes. Ces limitations l'empêchent de pratiquer son ancien travail d’auxiliaire en santé et service sociaux à domicile.

Voilà pourquoi la CNESST lui a suggéré de devenir agente administrative. Par la suite, Chantal Gagné a échoué les tests pour se lancer dans cette profession.

En novembre 2016, les douleurs au dos de Chantal Gagné sont réapparues.

La mère monoparentale de deux enfants doit maintenant vivre avec 85$ au cours des trois prochains mois. Un agent de la CNESST lui a dit de s’inscrire à l’aide sociale, ce qu’elle refuse.

«Je me suis blessée au travail J’ai un diagnostic de choc post-traumatique. J’ai un état dépressif avec ça», dit Chantal Gagné. «Je ne suis pas capable de fonctionner. Je suis sur la CNESST, j’ai pas à demander de l’aide de dernier recours. C’est pas une question d’orgueil, c’est pas une question d’égo, c’est une question de justice. »

Les démarches ont continué de s’allonger. Mme Gagné est allée rencontrer les experts du BEN à trois reprises.

«Moi, j’en ai jamais eu de CNESST, sauf enceinte. J’ai jamais profité du système. On n’a pas à payer la facture pour les autres. On n’a pas à sentir imposteur. On n’a pas à sentir qu’on est quasiment obligé de se mettre à genoux devant eux autres parce qu’on a de la douleur. Ça c’est épouvantable. »

La CNESST ne commentera pas le dossier, car les dossiers personnels sont confidentiels. On leur a demandé si c’était normal qu’une prestataire de la CNESST soit dirigée vers l’aide sociale.

Leur réponse : «La CNESST offre le soutien nécessaire aux personnes qui déposent une réclamation à la CNESST. Dans le cadre de ce soutien, un agent peut référer une personne aux différentes options qui s'offrent à elle, par exemple dans le cas où sa réclamation est refusée».