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Disparition de Cédrika Provencher

La formation des policiers était-elle adéquate?

Jonathan Roberge | TVA Nouvelles

10 ans... Et le mystère plane toujours. 3 653 jours d'enquêtes n'ont encore pas permis d'arrêter l'assassin de Cédrika Provencher.

«Il y a eu du travail au départ qui a été très mal fait, selon moi. On le sait, les 24 premières, voir les 36 premières heures suivant la disparition d’un enfant sont cruciales», lance le chroniqueur judiciaire Claude Poirier.

Les voisins ont été interrogés, le quartier ratissé... mais jamais l'alerte AMBER n'a jamais été déclenchée.

La police de Trois-Rivières a traité l'affaire comme une disparition, sans insister au départ sur la thèse de l’enlèvement.

«Je ne suis pas amère par rapport à ça. C'est sur qu’il y a eu un temps de réaction... mais d’un autre côté on en voit encore plein d'enfants circuler et que finalement; c'est une fugue. Connaissant ma fille, responsable comme elle était, je savais que ça ne se pouvait pas», raconte Karine Fortier, la mère de la fillette, au cours d’une entrevue accordée à TVA Nouvelles.

Le 2 août 2007, 72h après sa disparition, la Sûreté du Québec (SQ) a officiellement repris l'enquête.

«Quand tu arrives en deuxième partie d'une enquête, tu dois reprendre tout ce qui a été fait. Combien de gens m'ont appelé pour me dire qu'ils avaient de l'information précise à donner et ils ont été reçus comme un chien dans un jeu de quilles», déplore Claude Poirier qui animait également à l’époque une émission quotidienne sur les ondes de LCN.

Des policiers mal formés?

La police de Trois-Rivières y a essuyé son lot de critique.

«On a ciblé à cette époque les policiers de Trois-Rivières, mais ce serait arrivé dans un autre endroit et probablement que ça aurait été la même chose, car les policiers n'étaient pas formés», croit l’ex-ministre de la Sécurité publique, Jacques P. Dupuis.

Il admet qu'à la suite de ce cafouillage, l'école nationale de police de Nicolet a dû modifier son programme.

«J'ai demandé qu'une formation soit donnée aux patrouilleurs et aux enquêteurs sur les premiers instants, qu'est-ce qu'on doit faire suivant la disparition de quelqu'un.»

Cette formation est obligatoire pour les apprentis policiers et se veut en quelque sorte, l’héritage de cette disparition historique.

Une première au Québec

C'est aussi la première fois qu'un avocat agissait à titre de procureur indépendant.

Me Guy Bertrand a succédé à Claude Poirier.

La famille Provencher l'a mandaté pour recueillir de façon confidentielle, des informations qui pourraient faire avancer l'enquête.

«Dans les 48h qui ont suivi la conférence de presse, toutes nos lignes téléphoniques ont été bloquées. Le téléphone ne dérougissait simplement pas.»

Il a reçu et colligé plus de 340 informations.

Une vingtaine de renseignements ont finalement été transmis à la Sûreté du Québec et une piste a même poussé son équipe à creuser elle-même dans une boisée du Saguenay Lac St-Jean.

«On a fait ça le soir, pour être discret. On se demandait si on devait informer le maire de la municipalité. On voulait éviter le trafic. Si évidemment on découvrait le moindre indice; on arrêtait ça là. Notre démarche provenait des confidences transmises par un ex-détenu. On a même avisé la Sûreté du Québec pour qu’elle interroge la dame qui a reçu ses confidences. On a mené quelques fouilles à différents endroits. »

Un message au meurtrier

On connaît la suite. C'est finalement à quelques kilomètres de la maison que trois chasseurs ont retrouvé son crâne le 11 décembre 2015, dans un boisé près de la municipalité de Saint-Mauricie.

Le plus important déploiement policier de l'histoire du Québec a potentiellement permis de recueillir quelques indices, près de 9 ans plus tard.

La SQ se fait bien avare de commentaires et laisse couler bien peu d’information afin de ne pas nuire à son enquête.

Encore aujourd'hui, les policiers suspectent le même individu, qui possédait à l’époque une Acura Rouge.

«Vous avez vécu 10 ans dans une fausse liberté. Vous n'êtes pas libre parce que chaque jour, votre conscience est troublée par les remords d'avoir assassiné une petite fille. Vous êtes mal dans votre peau, vous êtes un faux personnage. Vous ne dormez pas et il y a une façon de finir vos jours dans une certaine dignité ... Rendez-vous. Ça vous fera le plus grand bien. Demandez qu’on vous soigne», lance l’avocat Guy Bertrand qui ne perd pas espoir qu’un jour, le tueur de la jeune Cédrika accepte de se livrer aux autorités.

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