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Vente d'objets promotionnels

Les Hells tiennent un kiosque à l'Expo de Saint-Hyacinthe

Magalie Lapointe | TVA Nouvelles

Les Hells Angels tiennent un kiosque en plein cœur de la plus grande foire agricole au Québec pour y vendre des objets promotionnels à leur effigie.

MISE À JOUR: Les tenanciers du kiosque «Support 81» devront quitter

Une roulotte aux couleurs de «Support 81 Montreal» est installée à l’Expo de Saint-Hyacinthe, depuis le 27 juillet. Le nombre 81 représente les initiales du groupe criminalisé les Hells Angels. Le «8» est pour la huitième lettre de l’alphabet, le «h», et le chiffre «1», pour la première, soit le «a».

Les Hells Angels sont bien connus au Québec, notamment pour leur contribution à la guerre des motards qui a fait 165 morts, dont neuf victimes innocentes, entre 1994 et 2001. Ils ont également la main mise sur le marché de la drogue.

Pas un problème

Les organisateurs de l’Expo ne voient aucun problème à ce que des vêtements aux couleurs du groupe soient vendus entre un marchand de fruits et légumes et une cantine de hot-dogs.

«Le responsable des kiosques savait que c’était les Hells Angels qui voulaient louer l’emplacement. Il a accepté puisqu’ils ne vendaient rien de violent. Ils ont payé comme les 224 autres commerces qui tiennent un kiosque», a dit le directeur des communications, Gaston Doré.

Engagé auprès des victimes d’actes criminels, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu estime que c’est une véritable insulte aux victimes innocentes des motards.

«C’est inconcevable qu’[on] tolère qu’on fasse de l’argent sur le dos des victimes. [...] C’est un œil au beurre noir au système de justice», s’insurge M. Boisvenu.

Le kiosque vend, entre autres, des casquettes, des chandails, des vestes et des sacs de sport.

Les vendeurs rencontrés sur place lundi ont refusé de donner leur identité et de répondre aux questions du «Journal», qui voulait notamment savoir à qui seraient remis les profits des ventes. Il est néanmoins clair, selon les experts, que les Hells Angels sont derrière l’opération.

«Ce sont les couleurs des Hells, leur signature. Ce n’est sûrement pas un full patch qui vend les articles. Mais c’est quelqu’un qui a le mandat clair de rapporter de l’argent à l’organisation», a expliqué celui qui était lieutenant et conseiller à la Grande fonction des enquêtes criminelles lors de l’opération SharQc (visant les Hells), le policier retraité François Doré.

D’autant plus que des Hells en règle ont été vus sur place, selon plusieurs témoins.

Scandale

Les familles et employés de la foire sont eux aussi outrés de la présence du kiosque.

«J’ai connu la plupart des familles des victimes innocentes du crime organisé, et même le système d’aide aux victimes les a laissé tomber. Par exemple, la famille du jeune Daniel Desrochers [tué à 11 ans, durant la guerre des motards] a reçu 600$, a ajouté le sénateur Boisvenu. On devrait dire aux gens de ne pas se présenter [à l’Expo].»

Du côté de la Sûreté du Québec, on confirme être à l’affût de toute infraction criminelle. Elle précise que des vérifications ont été faites pour s’assurer que la vente de ces objets était légale.

Une stratégie pour avoir l’air plus sympathique

La vente d’objets promotionnels aux couleurs des Hells Angels en pleine foire familiale semble être une stratégie du groupe criminalisé afin de convaincre les citoyens que ses membres ne sont pas aussi violents qu’on le pense.

«Ça pourrait être une stratégie pour se rapprocher du public. Pour montrer qu’ils ne sont pas des mauvais gars. C’est le but du message», croit l’auteur et ancien analyste de renseignements à la Direction des renseignements criminels de la Gendarmerie royale du Canada, Pierre de Champlain.

Cette stratégie ne date d’ailleurs pas d’hier, rappelle-t-il. La vente d’objets promotionnels des Hells Angels existerait depuis des décennies.

Cette vente aurait toutefois été très peu visible au cours des dernières années, depuis que les Hells ont été rayés de la carte au Québec dans la foulée de la méga rafle policière SharQc en 2009. Ils se sont récemment réorganisés.

Pas nouveau

«Je me rappelle dans les années 1980 des Hells en Colombie-Britannique qui se faisaient poser à côté des enfants parce qu’ils avaient contribué à des organismes de charité. C’était le but de se montrer gentil aux yeux du public», se remémore M. de Champlain.

Les experts du milieu notent qu’il y aura toujours un certain intérêt de la population pour ce groupe de criminels.

«Ça suscite un certain engouement, une forme d’admiration malgré le côté criminel. Il y en a pour qui le glamour c’est de vivre en marge en société et le glamour c’est attirant», dit le policier retraité François Doré.

D’ailleurs, sur les réseaux sociaux, certains prennent la défense des motards, assurant qu’ils sont des pères de famille comme les autres.

40e anniversaire

Il y a aussi le 40e anniversaire qui pourrait expliquer une présence accrue des Hells, alors que le 5 décembre 1977, le premier chapitre au Canada a vu le jour à Sorel. Les experts s’entendent pour dire que les Hells soulignent toujours leur anniversaire et que le 40e doit déjà commencer à s’organiser.

«C’est une façon de démontrer aux autres bandes de motards non affiliées qu’ils sont toujours là et qu’ils sont là pour rester», souligne M. de Champlain.