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Elle attend depuis trois mois un permis de travail

Matthieu Payen | Agence QMI

Une demandeuse d’asile arrivée bien avant la vague de migrants actuelle est en attente d’un permis de travail depuis trois mois. Elle est depuis forcée de vivre dans une chambre avec son conjoint et ses deux enfants.

«Je veux travailler, j’ai besoin de travailler», dit Albelthe Jean, Haïtienne de 35 ans arrivée des États-Unis en mars dernier.

Celle qui a été gérante de magasin pendant 10 ans à Port-au-Prince est demandeuse d’asile et peut à ce titre obtenir un permis de travail auprès d’Ottawa.

Lassée d’attendre une réponse au téléphone, la mère de famille s’est rendue aux locaux de Citoyenneté et Immigration Canada (CIC). Là, on lui a expliqué que son dossier était en traitement, mais qu’il faudrait attendre au moins un mois de plus.

Délais

Pourtant, Mme Jean est entrée au Canada avant la vague de migrants de cet été. À l’époque, la recevabilité de sa demande d’asile avait été accordée à la frontière et elle avait pu rapidement déposer sa demande de permis de travail.

Or, dans le dernier mois, plus de 5000 migrants sont entrés de façon irrégulière au Canada. Mercredi, plus de 3000 d’entre eux étaient encore hébergés de façon temporaire à Montréal.

Désormais, il faut compter quatre à cinq mois avant de savoir si la demande d’asile est recevable. Ce délai s’ajoute à celui de la demande de permis de travail. Sur le site web de CIC, on parle de 16 semaines avant d’obtenir ce permis.

Au total, les migrants doivent patienter près de huit mois avant de travailler.

«C’est un non-sens, déplore Stéphane Handfield, avocat spécialiste en immigration. La plupart de ces gens sont jeunes et veulent travailler. Sans travail, ils vivent sur l’aide sociale et ne paient pas d’impôt.»

Des solutions

Celui-ci émet une idée qui raccourcirait l’attente. «Le ministre [de l’Immigration au fédéral] pourrait donner aux agents qui s’occupent des demandes d’asile le pouvoir de fournir des permis de travail, ajoute Me Handfield. C’est le même ministère qui gère les deux demandes, donc un migrant dont la demande d’asile serait jugée recevable obtiendrait directement le droit de travailler.»

Interrogé sur cette suggestion, le gouvernement a répondu qu’il évaluait ses options.

Mme Jean a quant à elle bien hâte que sa situation change. Elle partage actuellement une chambre dans un duplex avec son conjoint et ses enfants de trois et quatre ans.

Elle a profité de son rendez-vous sur la rue Saint-Antoine pour se rendre à quelques mètres de là, au Centre de service spécialisé. Ce centre d’emploi est le lieu où les migrants font leur demande d’aide sociale. Mais comme il est de compétence provinciale, Mme Jean n’a aucune chance d’y faire avancer son dossier.

Malgré tout, elle ne regrette pas d’être venue. «J’aime ça ici, on est bien mieux accueillis qu’aux États-Unis, dit-elle. Là-bas, impossible d’avoir des papiers, vous êtes obligés de travailler illégalement. C’est pour ça que je suis partie.»

Elle dit avoir quitté son pays parce qu’il n’était pas sécuritaire pour ses enfants.

«À Montréal, je me sens bien, je me promène seule sans problème, les rues sont belles et bien indiquées», dit-elle.

Elle espère pouvoir faire sa vie dans la métropole, y travailler donc, mais aussi y étudier.

En voyant tous ses concitoyens qui la rejoignent ici, elle dit souhaiter qu’ils aient autant envie qu’elle de contribuer à la société. «C’est bien d’être aidé au début, mais il faut que les gens aident le Québec en retour», conclut-elle.

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